Les confréries Paroissiales

Au XVIIe et XVIIIe s. des confréries paroissiales se développent en marge des autorités religieuses, avec pour objet de faciliter la vie religieuse de la communauté [1].

Les plus importantes étaient celles qui avaient la charge d’entretenir l’intérieur de l’église et son maître-autel où un luminaire devait brûler en permanence. Ces confréries, souvent appelées confréries du Rosaire, préfigurent les « fabriques » qui apparaissent à la fin de l’Ancien Régime.

A côté de ces œuvres coexistent d’autres confréries, comme celles des Pénitents, créés à l’initiative des dominicains, qui connaissent un grand essor dans le Sud Est de la France, au moment des guerres de religions, alors qu’ils déclinent ailleurs.

Au XVIIe siècle, dans le bassin de la Méouge, on dénombre des confréries du Rosaire, à Barret-de-Liourre, Mévouillon, Ballons Antonaves, Lachau et Pomet, ainsi que des confréries de pénitents blancs à Ballons (fondée en 1638), Séderon (1629), Ribiers (1635) et Lachau (citée vers 1630) [2].

La confrérie des pénitents blancs

Alors que les confréries de gestion des œuvres de la paroisse sont élitistes, les Pénitents sont ouverts à toutes les origines sociales, ce qui fait leur succès.

Leur objet est la dévotion et la charité. Les confrères chantent lors des offices dans une chapelle qui leur est propre, ensevelissent les morts, assistent les malades et participent aux processions. Ils sont habillés d’une aube, appelée « sac » et d’une cagoule pointue qui couvre leur visage. Le blanc est la couleur la plus fréquente.

Les délibérations du conseil général des habitants de Lachau nous apprennent que vers 1630, la communauté avait décidé de l’achat du jardin Joubert pour y bâtir la chapelle de Notre-Dame-de-Pitié, que les Pénitents avaient commencée au milieu de la place du marché [3]

Le compte-rendu de la visite de François de Malissole, évêque de Gap, en 1730, nous apprend que les pénitents ont désormais leur chapelle dans l’église St-Martin, qu’il appelle l’église des pénitents, et que celle-ci est parfaitement ornée [4].

L’acte de décès d’Olivier Chanuel, mort le 7 avril 1721, nous dit qu’il avait 80 ans et avait été confrère de la compagnie des pénitents.

En 1772, la confrérie des pénitents accompagne le convoi funéraire de François Charras, curé de Lachau [5].

L’abbé Loche nous dit que cette confrérie chaupatière tint sa dernière réunion en 1849, après plus de deux siècles d’existence.

La confrérie de l’immaculée conception et du Saint-Rosaire

Dossier 7 Img 1Cette confrérie était essentiellement composée de femmes, qui s’engageaient à prier ensemble, chaque semaine, dans l’église du village (un rosaire = 3 chapelets, soit 150 prières à Notre-Dame).

L’église de Lachau conserve le tableau qui permettait de constituer les groupes de prière (ci-contre).

En 1865, l’abbé Claudon constate que la congrégation de l’Immaculée marche mal et qu’à la congrégation du Rosaire, il y a querelle au sujet des élections.

Le Conseil de Fabrique

A la fin de l’Ancien Régime, chaque paroisse possède un Conseil de Fabrique chargé d’administrer les finances nécessaires à l’entretien et au fonctionnement de l’église.

A la Révolution, lorsque les biens de l’Eglise sont mis à disposition de la Nation, ces Conseils sont maintenus, par dérogation, jusqu’à ce qu’une décision de 1793 dispose que tous leurs biens sont propriété nationale.

Après le Concordat de 1803, les Fabriques sont à nouveau reconnues comme des établissements publics du culte, jusqu’à la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905.

Dans les villages de moins de 5000 habitants, le Conseil de Fabrique est constitué du maire, du curé et de cinq conseillers élus par les paroissiens.

Le registre des délibérations du conseil de fabrique de Lachau [6] commence en 1850, date de réorganisation de la Fabrique. Il illustre les relations entre la communauté paroissiale et les autorités administratives de l’Etat qui exercent sur elle une véritable tutelle.

A cette date, le Conseil est présidé par le notaire Mauduech.

Le conseil décide des dépenses nécessaires pour l’entretien des églises et l’exercice du culte.

L’une de ses premières délibérations concerne le remplacement de la cloche de l’église Saint-Martin, malencontreusement cassée le jour de la Fête-Dieu de 1850.

Le 2 octobre 1859, le conseil approuve le projet de l’abbé Benoit de construction d’une nouvelle église paroissiale et il adresse simultanément au Ministre des cultes une demande de subvention qui restera sans suite.

Toutes ces actions nécessitent des ressources.

Le conseil fixe et perçoit le prix de la location des bancs de l’église que les paroissiens aisés louent à l’année.

Le conseil vend parfois certains objets, comme en 1853, mais il doit alors avoir l’accord de l’évêque et dans le cas que nous évoquons, celui du conseil de la confrérie (des pénitents).

Il reçoit les legs et les dons. Nous en avons compté une dizaine entre1850 et 1877. Ces legs doivent être approuvés par l’autorité préfectorale et certains donnent lieu à procès lorsque les héritiers s’estiment lésés. L’acceptation des legs très importants est soumise à l’autorisation de l’administration centrale comme ce fut le cas en 1845, pour le du legs de 3000 francs fait par Joseph Marcel. (v. page suivante l’ordonnance de Louis-Philippe du 15 mai 1845).

Mais une grande partie des ressources de la Fabrique vient de la commune qui, en application de la loi, doit suppléer l’insuffisance de ses ressources.

Ordonnance du Roi Louis-Philippe autorisant la fabrique de l’église de Lachau à accepter le legs de Joseph Marcel (1845)

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Transcription : Ordonnance du Roi

Louis-Philippe, roi des Français, à tous présents et à venir, salut.

Sur le rapport de notre Garde des sceaux, Ministre secrétaire d’Etat au Département de la justice et des cultes, le comité de législation de notre conseil d’Etat entendu, nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

Article premier. Le trésorier de la fabrique de l’église succursale de Lachau (Drôme) est autorisé à accepter le legs de trois sommes qui s’élèvent ensemble à trois mille francs, fait à cet établissement par le sr Joseph Marcel, suivant son testament public du 28 juin 1843, aux charges clauses et conditions y énoncées. Conformément à la volonté du testateur, une somme de quatorze cents francs sera employée à la construction d’un autel de marbre, une somme de mille francs à l’achat d’une cloche, et les six cents francs restant seront affectés à la célébration des messes.

Article deux. Notre Garde des sceaux, Ministre secrétaire d’Etat au département de la justice et des cultes, est chargé de l’exécution de la présente ordonnance, qui sera insérée au bulletin des lois. Paris le 15 mai 1845.

Signé : Louis Philippe

De fait, les registres du conseil de fabrique mentionnent une série d’intervention auprès du conseil municipal. C’est vers ce dernier qu’il se tourne en 1866, pour la construction d’une chaire dans la nouvelle église, qui ne sera construite qu’en 1871, faute de moyens. Vers lui encore, la même année pour qu’il se charge de rembourser sa dette.

L’année suivante, il déplore la diminution du secours de la commune qui est passé de 100 à 50 frs annuels.

En 1883, il est consulté sur la démolition de l’ancienne église pour laquelle il donne un avis favorable.

En 1891, il intervient auprès du conseil municipal pour que la toiture et le clocher de l’église paroissiale soient réparés.

Lorsqu’en 1905, le receveur des domaines vient à Lachau pour procéder à l’inventaire des biens mobiliers et immobiliers de l’église, le curé et le président du conseil de fabrique s’unissent pour lire la déclaration qui suit :

L’autorité ecclésiastique de qui nous tenons notre ligne de conduite, tant pour le spirituel que pour ce qui concerne les biens d’église confiés à notre garde, ne s’étant pas encore prononcée au sujet de la loi de séparation de l’église et de l’état, les soussignés membres du conseil de fabrique et le curé de la paroisse déclarent n’assister qu’en simple témoin à l’inventaire qui va avoir lieu et ne participera en aucun titre à cette opération.

Nous croyons devoir ajouter que l’église de Lachau, relativement récente a été entièrement construite par Monsieur l’abbé Joseph Benoit, ancien curé de Die, avec ses ressources personnelles et avec les dons généreux des fidèles sans participation aucune de l’Etat, du département et de la commune. Par conséquent, sauf les deux autels de marbre des chapelles latérales apportées de l’ancienne église, tous les objets mobiliers et immobiliers qu’elle renferme et qui servent à la célébration du culte proviennent des libéralités des fidèles ou de celles des curés qui se sont succédés dans la paroisse depuis sa fondation.

Les soussignés demandent l’adjonction de cette déclaration à l’inventaire qui va se faire.

Alors que le 9 décembre 1906 le conseil de fabrique se réunit pour solder ses comptes, les conseils étant supprimés à compter du 13 décembre de cette même année, il tient à protester avec l’évêque et le pape Pie X, contre la spoliation de l’Eglise de France.

Après 1905, l’intendance de la paroisse est exercée, selon la loi, par un conseil curial. Celui de Lachau est installé le 4 octobre 1908. Son bureau est composé de l’abbé Bonneau, président de droit, Firmin Gauthier, Edmond Jarjayes, Désiré Morel et Joseph Chanuel.

Les registres du conseil sont très laconiques et couvrent la période 1906 à 1927, puis 1933 à 1946. Les comptes sont inscrits dans un registre visé par le curé et approuvé par le secrétaire général de l’évêché. (v. ci-après)

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Extrait du registre des comptes du Conseil curial de Lachau (1911)

[1] Cf Maurice Aghulon

[2] PLL, N°3

[3] AD26-E3153 (1626-1652)

[4] AD26-E3186

[5] Registre des BMS

[6] Ce registre a été analysé par Pierre Morard, cf PLL N°13 (1996)