L’époque gallo-romaine (Ier-IVe s.)

Si la préhistoire a laissé peu de traces à Lachau, il en va tout autrement de la période gallo-romaine. Pour cette époque, on peut même considérer que le terroir de Lachau présente un intérêt exceptionnel tant par le nombre que par la qualité des vestiges mis au jour.

Le trésor monétaire de Lachau

L’une des découvertes les plus spectaculaires est celle d’un trésor monétaire de plus de 300 pièces d’argent, datant de la première moitié du IIIe siècle, faite par Joseph Charras, au milieu du XIXe siècle.

Voici comment Edouard de Laplane en rend compte dans une lettre de 1847 au président de l’Académie des inscriptions et des belles lettres.

 

Monsieur le Président,

Dans un coin reculé de nos Alpes, lieu sur lequel pourtant le Moyen Age n’a point passé sans lui laisser quelque renom, puisqu’il nous offre là un des plus anciens affranchissements des communes rurales, mais où jusqu’ici n’était encore apparu aucun vestige de la domination romaine, à Lachau (castrum de Calma), petite commune située ou plutôt enclavée dans cette partie du département de la Drôme qui mord, pour ainsi dire tout à la fois dans les deux départements des Hautes et Basses Alpes, à Lachau dis-je, le fer d’un cultivateur vient de rencontrer, à quelques pieds de profondeur du sol, un vase antique contenant plusieurs centaines de médailles impériales en argent (plus de 300). Malheureusement je n’ai eu connaissance de cette découverte que lorsque déjà la plus grande partie des pièces en provenant était dispersée. Cependant j’ai pu en examiner un assez bon nombre (98) pour donner une idée de la valeur archéologique de cette trouvaille et la signaler à l’académie.

Ces pièces sont toutes sans exception de la plus belle conservation. Elles remontent à la fin du règne de Septime Sévère et vont jusqu’à Philippe le Jeune, pouvant ainsi se classer entre les années 210 et 244 de l’ère vulgaire.

Voilà les types qu’on y remarque :

Septime-Sévère

Sever. pivs. R(evers) : p.m. tr.p. xvi.cos.iii.p.p. victoire marchant (quinaire)

Caracalla

imp. antoninvs.pivs. avg. R : p.m.tr.p.ii. cos. iii. p.p. fig. assise tenant d’une main une palme de l’autre une corne d’abondance (gr.module).

imp. antoninvs. pivs.avg.germ R : p.m.tr.p.xviiii.cos.iiii.p.p.

Le soleil radié debout tenant de la main droite une couronne et un globe de la gauche (module id.)

Élagabale

imp. antoninvs. avg. R : fides militum fig. debout tenant une enseigne d’une main et le bonnet de la liberté de l’autre. (quinaire)

imp. antoninvs. pivs. avg. R : liberalitas aug.ii. fig. debout tenant d’une main le bonnet de la liberté, de l’autre une corne d’abondance. (mod. id.)

imp. caes. antoninvs. avg. R : salvs antonini. avg. Hygiae debout avec ses attributs.

Alexandre Sévère

imp.alexander.pivs.avg. R : spes pvblica. type de l’espérance (quinaire)

fort jolie pièce et qui n’est pas commune.

Maximin

imp. maximinvs. pivs. avg. R : pax.avgvsti. femme debout tenant une branche d’olivier de la main droite ; de l’autre la haste transversale.

— id – R : salvs.avgvsti. hygiae assise donnant à manger à un serpent.

— id – R : victoria avg. victoire passant tenant une couronne et une palme.

Gordien III.

imp. gordianvs. pivs. avg. R : concordia avg. concorde assise.

— id – R : felicitas.avg. fig. debout tenant un caducée et une corne d’abondance.

imp. gordianvs pivs. illv. avg. R : fides.militvm. femme debout entre deux enseignes militaires.

— id – R : iovi.statori. Jupiter debout.

— id – R : laetitia.avg. femme debout tenant une couronne et une ancre

— id – R : liberalitas.avg.ii. fig. debout tenant d’une main le bonnet de la liberté, de l’autre une corne d’abondance.

— id –  R : p.m.tr.p.iii. fig. debout tenant d’une main une branche d’olivier de l’autre la haste droite.

— id – R : p.m.tr.p.vi.cos.ii.p.p. figure assise tenant une branche d’olivier.

— id – R : providentia.avg. la providence debout.

— id – R : secvritas.perpetva. fig. debout appuyée sur une colonne.

— id – R : virtvs.augvsti. Hercule debout.

Philippe le père

imp. m. ivl. philippvs.avg. R : aeqvitas.pvblica. L’équité avec la balance et une corne d’abondance.

— id – R : p.m.tr.p.ii.cos.p.p. L’empereur assis tenant un bâton.

— id – R : p.m.tr.p.iii.cos.ii. fig. debout tenant une enseigne.

— id – R : romae.aeternae. Rome nicéphore assise.

— id – R : saecvlares. cippe sur lequel est écrit cos.iii.

— id – R : salvs.avg. hygiae donnant à manger à un serpent.

Otalicia

  1. otacil. severa. avg. R : concordia. avg. Concorde assise tenant une couronne et la corne d’abondance.

Philippe fils

m.ivl.philippvs. caes. R : principi. ivvent. L’empereur debout en habit militaire regardant à droite tenant un globe et la haste droite.

Il y a un autre type représentant l’empereur tourné à gauche avec la haste transversale.

Tels sont les types qui se partagent les diverses pièces provenant de la dernière découverte faite à Lachau et qui m’ont passé sous les yeux. Généralement assez communes ainsi qu’on le voit et bien que la science n’ait pas à en tirer grand profit, ces pièces vu leur état d’admirable conservation m’ont paru mériter qu’on en prit quelque souci et qu’on veillât surtout à ce que le creuset de l’orfèvre toujours si avide ne les guettât au passage pour en faire sa proie. Heureusement elles sont tombées en bonnes mains et il est permis d’espérer que le goût des amateurs qui les possèdent saura les préserver de la destruction. J’en ai retenu moi-même un certain nombre.

Agréez, Monsieur le Président, l’hommage du respectueux dévouement avec lequel j’ai l’honneur d’être votre très humble et très obéissant serviteur.

Édouard de Laplane correspondant de l’Institut.

 

Le dépôt votif du Luminaïre

Au lieudit « Le Luminaïre » furent également découverts de nombreux objets gallo-romains, notamment de grandes quantités de lampes en terre cuite. Nous leur consacrons un chapitre dans la seconde partie de cet ouvrage. Nous nous contenterons de reproduire ci-après un courrier adressé en 1897 par Hippolyte Müller, aux membres de la Société dauphinoise d’ethnologie, qui nous éclaire sur les premières découvertes [1].

 

Messieurs,

En juillet 1897, notre éminent collègue, M. Maignien, conservateur de la Bibliothèque de Grenoble, m’a fait l’honneur de me communiquer une lettre que venait de lui adresser un habitant de Lachau (Drôme).

Celle missive, curieuse par son orthographe et ses détails, indiquait la découverte, dans ce pays, de sculptures représentant des animaux divers, ours, aigle, des fragments de statues et en plus des lampes romaines, des monnaies et des ferrailles.

Tout cela à première vue paraissait exact ; pourtant M. Maignien avec son habitude de ces questions pensait qu’il fallait en rabattre, tout en estimant qu’une enquête pouvait être faite afin de ne pas abandonner cette découverte, si, à tout hasard, elle devait être exacte.

Ayant l’intention de me rendre dans 1es Alpes au début du mois d’août, je priai M. Maignien de me confier sa lettre et immédiatement j’entrais en correspondance avec son auteur, M. Meffre, habitant Lachau, qui, comme de juste, stimulé par une demande de nouveaux renseignements, me répondit en termes si engageants que je me crus obligé de me détourner de ma route pour voir toutes les belles choses annoncées.

De Laragne à Lachau il y a 25 kilomètres ; la route monte graduellement en pente douce depuis le Plan, en suivant continuellement la rive gauche d la Méouge, petit torrent curieusement encaissé entre des roches calcaires (du Néocomien ?), ravinées par les eaux et étagées en petites terrasses successives et horizontales, formant des a pics qui, vus du fond de la vallée, ont l’air inaccessibles ; aussi est-on étonné de voir de loin en loin des villages comme le Pomet, le Brusq, etc., perchés sur l’abîme sans que l’œil puisse percevoir le chemin qui y conduit. Pendant l0 kilomètres au moins, la route et le torrent, en des courbes savantes, ou capricieuses, se disputent l’espace ; les travaux d’art n’y manquent pas ; le pittoresque abonde, et c’est un pittoresque qui n’est pas celui que nous avons l’habitude d’admirer dans nos environs ; en somme une belle route, de beaux paysages et le charme de l’inconnu font que tout en pédalant vers le but de mon voyage, je n’ai pas négligé d’admirer le pays sous ses divers aspects.

Aussitôt à Lachau, me renseignant sur mon correspondant, j’apprends que c’est un pauvre hère travaillant très peu et courant la campagne à la recherche de quelques simples et surtout encombrant sa masure de pierres aux formes bizarres, ramassées dans les champs.

L’ours ! pesant 2 ou 300 kilos gisait encore dans un champ, l’homme ainsi que l’ours, ainsi que du reste toutes les prétendues sculptures annoncées, n’étaient que des quartiers de roche façonnés par les eaux et les intempéries, aidées en cela par la nature de la pierre, qui est composée d’un mélange de parties dures et tendres : une simple réédition des découvertes de Pressins (Isère) en 1896 ; découvertes annoncées à grand fracas dans les journaux de la région et à l’occasion desquelles la société délégua notre dévoué collègue, M. le Dr Pegoud, qui ne rapporta qu’une photographie d’un bloc de molasse façonné par les eaux et dont les pareils gisaient en nombre considérable dans la grange du cultivateur, auteur de la découverte.

Mon correspondant de Lachau après m’avoir montré ces précieuses pierres, exhiba quelques lampes en terre, quelques monnaies romaines et un paquet de ferrailles qu’il prenait pour des clous servant à suspendre les lampes trouvées à côté. Les débris d’une cinquantaine de lampes gisaient dans un panier; j’ai pu en tirer quatre exemplaires à peu près entiers et deux dessus d’autres lampes, dont l’un est intéressant par les sujets représentés en relief. Ces sujets consistent, je crois, en attributs indiquant la qualité sacerdotale d’un sacrificateur, aspersoir, simpule, etc. (fig. 20) ; un autre dessus de lampe provenant du même lieu, qui m’a été confié avec d’autres débris par M. Paquier (préparateur à la Faculté des sciences), montre également en bas-relief un amour aux ailes déployées volant à droite (fig. 17), soutenant de la main gauche un bâton posé horizontalement sur l’épaule gauche, aux extrémités dudit bâton sont suspendus deux sceaux de l’aspect de nos bennes locales en bois. Un troisième dessus de lampe, vu chez un habitant de Lachau, montrait un cerf courant à droite et poursuivi par un chien, sujet d’assez bonne exécution comme le petit amour figuré en porteur d’eau. Ces grosses lampes ont un verni d’aspect samien et sont assez bien faites ; en revanche, les petites, les plus nombreuses dans la proportion de 1 à 10, sont grossièrement faites, mal cuites, irrégulières de formes et les trous en sont percés de travers. Certaines ont de 4 à 5 centimètres de long à peine tandis que les grandes donnent 7. 8 et même 10 centimètres en longueur.

Les ornements des petites lampes sont pour la plupart des cercles en relief divisés en rayons plus ou moins nombreux, de 4 à 12, séparés par de petites pastilles en relief également (fig. 18. 19, 21 et 22) ; d’autres n’ont que des traits concentriques, d’autres rien que le trou du centre.

Quelques-unes des petites lampes ont des initiales marquées en creux sur le fond, surtout celles de meilleures facture les lettres PF dans un cercle sont fréquentes ; une autre marque indéchiffrable semble montrer une lampe allumée ; d’autres portant des traits en relief sous de grosses lampes, paraissent n’être que des stries faites dans 1e moule pour mieux retenir l’argile au moment de la fabrication.

Ces lampes ont été trouvées par milliers ; il y a quelque vingt ans, les gens du pays en ont ramassé de pleins paniers, à la suite de divers travaux de défoncement sur un coteau voisin de Lachau appelé « Aux Luninres », dénomination qui exprime que c’est la montagne, le pays où l’on trouve des lumières.

Un Claude 1er, une Faustine et une Otalicie, toutes trois en moyen bronze, sont les seules monnaies romaines parmi celles trouvées avec les lampes que j’aie pu acquérir, elles sont en mauvais état. Un manche de Patera en bronze de l’époque romaine avec lignes d’ornements burinés en creux (fig. 16), deux bracelets grossiers en fer et une quantité de petits objets en fer ont été trouvés également sur la montagne des Luninres.

Le manche de patère est plat et d’un type commun, il ne porte aucun signe. Les bracelets (fig. 15) sont de simples anneaux de fer formant ressort, dont les extrémités amincies, roulées en spirale autour de l’anneau lui-même, permettent d’agrandir son diamètre pour l’ouvrir ; ce modèle se fait encore en bijouterie, en or ou en argent.

Parmi 1es petits objets en fer, ils m’ont paru devoir être intéressants à montrer; parmi eux, une baguette de fer carrée surmontée d’une petite lance, le tout, long de 0,18 m, a été fait pour simuler une lance (Hasta) (fig. 1); trois autres sont de simples pointes grossièrement façonnées qui, à la rigueur, pourraient être des pointes de flèches, mais ne présentent aucune trace d’affutage. Les pointes en sont épaisses et obtuses, surtout dans l’une d’elles formant lance des deux bouts (fig. 4).

Une pointe (fig. 9) parait être une véritable armure de flèche, les arêtes ont été tranchantes, la base formait une douille destinée à loger le bois; il se pourrait pourtant que ce soit encore un fac-similé de Hasta. Un crochet ayant également la base formant douille rappelle assez bien les crochets des bateliers (fig. 5)

(Harpaigo). Une série d’objets du n° 10 au n° 14 donnent les fac-simile de divers instruments que l’on peut ranger parmi les serpes, couteaux et autres instruments destinés à couper, désignés dans le dict. de A. Rich sous les termes de (Arboraria sylvatica, Culter, Falx vinitoria) ; faisant suite sous les n° 6, 7 et 8, trois outils (Stramentoria ou Messoria) qui peuvent avoir représenté des faucilles. Tous ces objets en fer sont sous le coup de marteau, ils n’ont pas été finis, n’ont jamais été affûtés et par conséquent n’ont pu servir.

Les lampes pour la plupart sont impropres à un usage prolongé, trop petites et devant passer l’huile ; pour trouver une explication plausible à la réunion en un même point de tant de lampes et de ferrailles diverses, on est amené à penser à la présence d’un temple en ce lieu ; la divinité vénérée l’était surtout par l’exposition qu’on faisait sur ses autels de nombreuses lampes allumées et d’ex-votos représentant des armes et des instruments d’agriculture

Nous avons de nos jours, à Lyon, à N.-D. de Fourvières ; à Marseille, à N.-D. de la Garde ; à la Salette, au Laus, etc., etc., de nombreux exemples de cette façon d’exprimer sa dévotion à une divinité ; les cierges vendus à la porte de l’église remplacent les lampes en terre, les béquilles, les petits bateaux, les tableaux et les statuettes sont des ex-voto tout comme les pointes de flèches et les serpes de Lachau.

Allmer, que je consulte souvent et toujours avec succès, croit que, en effet, l’on devait apporter au temple de Lachau de petites lampes, peut-être achetées a la porte et garnies d’une provision d’huile suffisante pour une fois.

Dans un hôtel, le principal de Lachau, on peut voir plusieurs tables couvertes par des lauzes de calcaire gris (nécomien inférieur, d’après M. Paquier) qui ont été trouvées au cours de fouilles pratiquées à la montagne des Luninres, en un point où les débris romains abondaient, et la roche recouverte par un peu de terre était entaillée rectangulairement en divers endroits comme si il y avait eu là des sous-sols creusés dans le roc.

Paquier a vu dans la vallée d’Orpierre, proche de Lachau, un coteau sur lequel on trouve également beaucoup de lampes en terre.

Je dois signaler un fragment de hache en pierre polie (verte et très dure) trouvée dans les environs de Lachau par M. Meffre et que j’ai recueilli parmi ses pierres curieuses.

Lachau possède une vieille église romane, je crois, classée comme monument historique et que l’on répare depuis plusieurs années…

Hippolyte Müller

Depuis, la lettre de Müller, le site a fait l’objet de plusieurs campagnes de fouilles qui ont permis de recueillir de grandes quantités de matériel et de confirmer l’importance du site. Elles sont détaillées dans l’article sur Le Luminaïre.

Les autres sites gallo-romains de Lachau

Outre le trésor monétaire et les découvertes faites au quartier du Luminaïre, d’autres objets de la même époque ont été trouvés à Lachau. Michèle Bois en a dressé la liste en vue d’une publication dans la Carte Historique de la Gaule.

Voici cette liste :

*Au-dessus du cimetière actuel de l’église N.D. de Calma : sépultures sous dalles.

*Au lieu-dit Notre-Dame de la Calma, avant le 21/10/1903, une statuette en bronze (Ht. 4 cm) achetée par P. Plat. « Elle représente un homme ailé assis sur un rocher portant de la main gauche une tête de femme qu’il tient appuyée sur son genou gauche (je crois que c’est Persée portant la tête de méduse) ; A part une aile qui manque cette statuette est très bien conservée et très jolie … Elle a du être ciselée sur un morceau de bronze brut » …. représentant Éros assis sur un rocher tenant un masque de sa main gauche.

Vers 1908, est relatée la découverte d’objets divers dont une anse de vase en bronze en forme de tête de lion, des deniers de Philippe l’Arabe, de Balbin, de Gordien, une intaille en pierre grise (tête de femme), un jeton en pâte de verre : B.S.A.S.D. Chronique 1908, 359, G. de Manteyer, L’Eros de Volx (04), R.E.A., Bordeaux, 1908, p. 192 ; B.S.A.S.D. Chronique 1908, 478) (Coll. P. Plat ; sauf Eros, vendu)

Stèle en pierre en forme de croissant et une coupe en agate : St. Bleu 1993 p. 96

*Au quartier de l’Adret, lieu-dit Les Hospitaux, à 1 kilomètre du village, à gauche de la route qui va à Eourres, dans le champ de Léon Vital: découverte, en mars 1903, par M. Jarjayes, de sépultures à incinération gallo-romaines  (Petit Provençal du Dimanche) contenant :

– 3 urnes funéraires rectangulaires (ht : 23 cm; L : 30 cm, l : 28 cm) en plomb avec couvercle emboîté sans charnière (poids env. 25 kg). Toutes trois sont signées Paternus fecit sur les deux plus grandes faces, cette marque se retrouve aussi sur l’un des couvercles. Les lettres capitales de 2 cm de haut s’inscrivent dans un cartouche (4 cm x 23 cm) Sur les petits côtés, on voit un X en relief (ht 7 cm). « Elles étaient emplies d’ossement brûlés ou plutôt brisés et de cendres. Elles étaient enterrées à 40 cm de profondeur disposées sur une ligne allant de l’ouest vers l’est » et espacées d’environ 4 m. Une des urnes est conservée au musée de Gap Ier s. ap. J.-C. (Bleu p. 28) : Sautel 1957, Appendice épigraphique, 93.

– 6 ou 7 fragments d’une boite cylindrique en ivoire (diam 6 cm, ht 4 cm) avec un décor sculpté (10 génies ou amours, 1 couché 1 assis et 8 debout), enfermée dans une urne arrondie brisée lors de l’extraction.

– 2 baguettes en ivoire (l 0,179 m).

– 1 buste en bronze creux (ht. 8 cm) avec deux rangées de cheveux en boudin avec une anse mobile et un couvercle à charnière. Il reposait « sur un appareil de suspension en bronze composé de baguettes recourbées, pouvant être fixées à une surface verticale et dont la partie supérieure était munie d’un espèce de rond formant auréole autour de la tête ». Interprété comme un vase à parfum ou un appareil de pesée (St. Bleu, p.28).

– 2 cuillères en argent (L 15 cm), 1 avec graffites à l’intérieur paterne.

– plusieurs ustensiles en verre, 1 coupe en verre blanc fortement ébréchée (ht. 2 cm, diam. 6 cm),1 gobelet en verre noir opaque un peu ébréché (ht. 6 cm diam. 6 cm), un flacon à long col et panse aplatie contenant des cendres, 12 pions de jeux, 6 en verre noir, 2 transparents, 4 en albâtre (?) blanc.

– quelques lampes, dont 1 avec marque Crescens et 1 Fortis : Sautel 1957, Appendice épigraphique, 88 D ;

– des tiges ou épingles en os ouvragés, des fragments de vases en terre cuite

– 1 urne en terre à proximité des urnes funéraires, près d’une tuile sarrasine

– 1 petite soucoupe en argent (diam 5,5 cm) (miroir ?)

– une petite urne en terre noire

 : Lettre de Paul Plat Orpierre 9-3-1903 reproduite par Bleu ; Caprais-Favier, BAD, 1903, t. 37, chronique p. 221, et Sépultures gallo-romaines de Lachau, BAD, 1903, t. 37, p. 328-330 (avril 1903). Chronique 1905, 340, Bull. Soc. Nat. Antiquaires de Fce, 1904 ; – G. de Manteyer Bull. soc d’et. Htes-A, 1937, les origines de l’Europe, p. 284 ; – G. Barruol, Archéologie dans les Hautes-Alpes, Gap, 1991, 294). (Coll. de Manteyer, château d’Allemagne, 04, depuis 1959, Musée de Gap, don M. E. Allemand).

*Au quartier du Château, sépultures sous tuiles (type indéterminé) découvertes anciennement (enquête M.C., 1974) Saint-Michel ?

1903, urnes funéraires tuiles romaines : au col versant sud.

campanienne, commune non tournée sigillée, morceau d’un bassin en bronze, monnaie romaine en argent, trouvés par Gaston Amic.

*Au Sud-Ouest du Luminaïre : Butte qui semble artificielle : Tegulae et puits comblé découverts par J. Boudon (Bleu 1991 p. 24)

*Une tombe trouvée dans cette même zone au siècle dernier a livré une monnaie de Constantin. Caprais-Favier, BAD, 1903, t. 37, chronique p. 221

*Dans la Plaine de Lachau découverte d’une petite trousse, composée de deux instruments. (Musée de Gap). Rens. A. Blanchet.

Faut-il en déduire qu’il y eut une ville importante sur le territoire de Lachau, à l’époque gallo-romaine?

C’est ce qu’a soutenu le chanoine Jouve qui écrivait en 1867 [2] : « L’Eglise de Notre-Dame de Calma (…) est ainsi appelée du nom de la ville qui existait autrefois dans la principale vallée de la commune de Lachau. Tout le pays environnant se nommait Calmatie. La ville a été détruite, et, c’est sur une partie de ses ruines qu’a été construit le village de Lachau.

Ces affirmations étaient sans doute excessives, mais il clair que les découvertes faites à Lachau et dans ses environs montrent que le terroir de Lachau et plus généralement la vallée de la Méouge, étaient des lieux significativement habités à l’époque gallo-romaine.

Que sont devenus les objets gallo-romains découverts à Lachau ?

Il ne reste pratiquement rien, au village, de l’importante moisson d’objets gallo-romains mise au jour sur le territoire de la commune.

Les « savants » du XIXe siècle ont acheté ce qui avait été trouvé par des villageois soucieux de monnayer rapidement leurs découvertes. Fort heureusement, certaines pièces acquises à cette époque ont pu rejoindre les musées, notamment ceux de Gap et de Grenoble. Celles acquises par André-Marius Garcin, collectionneur de lampes à huile et fondateur du Musée d’Apt, sont par contre introuvables dans ce musée.

Les plus belles pièces exhumées lors des fouilles menées par Jean Boudon (v. dossier 3) ont été déposées au musée de Gap. Une autre partie a été mise dans des sacs et stockée au Musée Dauphinois avant d’être transféré au Musée de St-Paul-Trois-Châteaux, en 2014. Des monnaies, oubliées dans les déblais par J. Boudon, ont été récupérées par un notaire de Sisteron.

Ce qui restait dans les familles a été prêté, pour étude, à un étudiant en archéologie.

 

Le haut-Moyen Age

 

Le Moyen Age couvre près de mille ans, de la chute de l’empire romain, en 476, à la prise de Constantinople par les ottomans, en 1453.

Rien ne permet de savoir comment le territoire de Lachau a traversé les cinq premiers siècles de cette période, de la fin de l’époque gallo-romaine jusqu’au au début des temps féodaux. Tout au plus pouvons-nous imaginer qu’ici, comme ailleurs dans les zones rurales de Haute-Provence, les terres furent désertées en raison de l’insécurité que faisaient régner les raids des sarrasins et les exactions des bandes de brigands qui ravageaient le pays.

Il faut attendre les décennies qui précédèrent l’An Mil, pour que la sécurité revienne. En 972,les sarrasins, sont chassés du pays et de leur place-forte de La Garde-Freinet, par Guillaume le libérateur, comte de Provence. Les zones rurales désertées se repeuplent. Une ère de prospérité commence et avec elle se met en place le système féodal.

 

Les seigneurs de Mévouillon (de Medullione) et les Baronnies historiques

 

La lignée des Mévouillon apparaît peu après l’An Mil dans les Baronnies. Dès son origine, elle détient le pouvoir seigneurial sur un vaste territoire qui s’étend, d’Ouest en Est, de Valréas à Ribiers, et du Nord au Sud, de Rosans aux contreforts du Mont Ventoux.

Depuis les travaux de Jean-Pierre Poly [3], il est généralement admis que cette famille est issue d’une lignée de précaristes [4] de l’archevêché d’Arles, initialement possessionnée dans la région d’Uzès. Evincée par l’archevêque d’Arles, au profit des Sabran, elle aurait reçu, en compensation, des terres à Mirabel et à Nyons, ainsi que les évêchés d’Avignon et de Vaison.

Le premier à porter le nom de Mévouillon est Laugier, cité en 1057. Il était fils de Percipia et avait quatre frères dont l’aîné, Ripert Ier, était seigneur de Mévouillon et évêque de Gap. Ce Ripert eut un fils également prénommé Ripert (II), qui lui-même aurait eu plusieurs fils, dont Raimond Ier, seigneur de Mévouillon, et Raimbaud qui pourrait être l’ancêtre des Mévouillon-Lachau.

En 1178, Raimond de Mévouillon, obtient de l’empereur Frédéric Ier Barberousse, le privilège d’immédiateté, ce qui signifie qu’il ne dépend que de l’empereur et que son domaine acquiert par là même le statut de principauté souveraine. Avec lui commence une lignée dont le chef, pendant au moins six générations, porte le nom de « Raimond de Mévouillon ».

Dès la fin du XIIe s., les seigneurs de Mévouillon n’ont plus l’entière souveraineté sur le domaine ancestral qu’ils partagent avec les branches cadettes de la famille : les Montauban, les Mévouillon-Lachau et les Mévouillon-Mison.

A cette époque, un mouvement s’amorce vers la reconstitution de vastes ensembles territoriaux autour des grands comtés voisins. Le domaine des Lachau passe sous la haute suzeraineté des dauphins entre 1210 et 1230. Puis les baronnies de Montauban et de Mévouillon suivent le même sort dans le dernier quart du siècle, la première, en 1279 et la seconde en 1293, par le traité de Chabeuil.

Les baronnies de Mévouillon et de Montauban sont définitivement intégrées au Dauphiné en 1337, à l’exclusion de quelques enclaves provençales.

 

[1] Hyppolite Müller, Notes sur diverses antiquités romaines découvertes à Lachau (Drôme) Bulletin de la société dauphinoise d’ethnologie et d’anthropologie, IV, 1897, 3-4, p. 375-379.

[2] Chanoine Jouve Statistique monumentale de la Drôme, parue en 1867 – (reprints Res Universalis Paris, 1992), p. 300 à 305

[3] J.P. Poly, La Provence et la société féodale 876-1166 (1976)

[4] précaire : terre confiée à vie à une ou plusieurs personnes, moyennant un versement en argent ou en nature

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