L’eau : canaux et moulins, sources, fontaines et eau courante

Dans une région de montagne sèche, terme souvent employé pour caractériser Les Baronnies, l’eau est un bien rare et précieux, souvent objet de convoitises et de conflits.

CANAUX ET MOULINS

Les canaux d’irrigation ont fait la richesse de Lachau.

Ils sont cités dès le XIVème siècle. Une sentence arbitrale, rendue le 28 mai 1355 [1] par Pierre de Lagarde, d’Orpierre, et Giraud d’Eourres (de Elris), sur le différend survenu entre les habitants de Lachau et Pierre d’Oze, moine de Lagrand, prieur de ND de Lachau … porte en effet que :

« Du pont Aumage (pontem homagii en 1444) sera fait un béal de 2 pans de largeur et demi-canne entre la condamine ancienne du prieuré et l’autre condamine pour arroser les pièces de terre de la Chalmasse ; » autre béal sera fait à la condamine qui fut jadis d’Anthoine Berengier, semblable, pour arrouser les propriétés de la Chalmasse ;

« Lesdits baux ne seront pas rompus pour l’avenir :

« Pourront passer ceulx qui ont propriétés audit lieu par ce béal, allant quérir de l’eau ;

« Ne sera faict autre béal en la terre de l’église par lesdits de Lachaup ;

« Ne donneront aulcun dommage à la Condamine de l’église sans le paier et le satisfaire ;

« Sera paié le disme des agneaux, chevreaux et chèvres, ainsi qu’est de coutume.

« Et pour le dommage donné à l’église par le feu, les arbitres ont pris terme d’en ordonner »

D’après l’acte le prieur réclamait en effet une indemnisation pour les livres, ornements, crucifix, croix et calices brulés ou détériorés par un incendie, dont les habitants accusaient le prieur ou ses gens d’avoir été les auteurs.

Un acte d’albergement du 8 juillet 1774 [2]passé devant notaire, entre Armand-François de la Tour-du-Pin-Montauban, marquis de Soyans et baron de Lachau, et Laurent Pau dit Bergier, accorde à ce dernier l’usage du foulon situé au quartier Notre-Dame, actionné par l’eau du canal. L’acte précise que ce canal assure, en aval, le fonctionnement du moulin banal, propriété du seigneur ainsi que l’irrigation, le samedi et le dimanche, des propriétés riveraines. Le bailleur bénéficie aussi du droit de prélever la terre des mines de Vers ou d’Eygalayes, pour dégraisser les étoffes au foulon. Le loyer est de cinq charges de blé froment et d’un vingt quatrième des grains croissants dans le fonds albergé [3].

Le 8 avril 1704, Jean Faure, d’Eygalayes, agissant comme ferrmier général de la terre du marquis de Montauban, seigneur de Lachau et d’Eygalayes, loue à Jean André Collomb, les moulins à moudre le blé du seigneur, pour quatre ans [4].

Peu après, certains riverains revendiquent un droit d’arrosage les autres jours de la semaine. Le curé Charras se pose en médiateur. Le 21 juillet 1784, il, écrit à M. de Montauban : « Tout le monde sait que les eaux des moulins vous appartiennent et le meunier ne peut pas ignorer que vous avez donné à vos vassaux la faculté de s’en servir, comme en effet on s’en sert …» et il ajoute que si les titres du seigneur ont été mis en avant, c’était moins pour en contester la validité que pour obliger le fermier à s’y conformer.

De Thionville, où il était, le marquis de Montauban répondit, au curé  : « il est impossible que les reconnoissances donnent permission aux habitants de se servir journellement des eaux du canal du moulin, attendu que le moulin, privé d’eau, ne pourroit plus aller ; ce qui troubleroit le service public ; mais j’entends que vous, ainsi que tous les habitants jouissiez, pour l’arrosage, des eaux du canal, les jours qui vous sont accordés par mes lettres : c’est la justice exacte. » [5]

A la Révolution, le moulin à farine fait partie des biens nationaux mis en vente par la Nation. Il est alors en très mauvais état, ses murs étant sur le point de s’écrouler. Les commissaires qui, en octobre 1792, font l’inventaire des biens du seigneur notent :

nous sommes portés au moulin que nous avons trouvé en mauvais état avec deux tournans les robes hors d’usage xxx xxx hors d’usage et l’autre médiocre état, deux cordes pour lever, les meules, l’une médiocre état et l’autre hors d’usage, cinq marteaux en mauvais état, un eymine, (…), une mauvaise paillasse de paille, une arche à trois greniers, deux petits bans en bon état et deux autres hors d’usage, environ cent tuiles pour employer à la réparation du moulin

Il est adjugé le 3 juin 1794, pour 10 000 livres à six habitants de Lachau : André Nave, Louis Audibert, Alexis Bernard, Jean-Louis Mathieu et Antoine Joseph François Plauche.

Bientôt, certains riverains du canal revendiquent à nouveau le droit d’utiliser journellement ses eaux pour l’irrigation de leurs fonds et ils procèdent d’office aux prélèvements d’eau.

Les propriétaires du moulin qui ont succédé au seigneur contestent bien évidemment cette prétention et obtiennent régulièrement condamnation de ceux qui procèdent à des prélèvements abusifs en dehors des samedis et des dimanches.

Des jugements interviennent en ce sens en 1818, 1851,1871 et 1879.

Ferdinand Audibert est le plus virulent dans la prétention à utiliser l’eau du canal tous les jours de la semaine. Il continue de prélever de l’eau dans le canal malgré les tentatives de Pau et de Pellegrin, propriétaires de la scierie et du moulin mus par l’eau du canal, pour l’en empêcher. Un nouveau procès s’ensuit, pour lequel Audibert appelle à sa cause 80 propriétaires riverains du canal. Un jugement prononcé par le tribunal de Nyons, le 18 mars 1881, et confirmé en appel par la cour de Grenoble, lui donne tort.

La situation change en 1925. L’ancien moulin à farine qui avait été abandonné un temps, puis transformé en fabrique de pâtes alimentaires, avant d’être reconverti en usine à dévider la soie. Il avait ensuite servi à la production électrique et à l’alimentation en eau des chambres de l’hôtel créé par Victor Audibert.

Les « arrosants » créent alors le syndicat d’arrosage du canal de l’ancien moulin de Lachau et prennent accord avec Victor Audibert, propriétaire d’alors, qui les autorise à prélever l’eau dans la journée, du 1er mai au 30 octobre, sauf à lui laisser l’eau nécessaire aux besoins de son hôtel.

Le contrat est renégocié au fil des années. En 1948, l’accord qui est pris prévoit que le syndicat paiera une grande partie les factures d’électricité de l’hôtel pendant la période d’arrosage.

SOURCES, FONTAINES ET EAU COURANTE [6]

La fontaine située sur la place du château est mentionnée en 1796. Elle était alors alimentée par un réservoir situé au quartier du temple.

En 1871, le conseil municipal évoque la mise en place de plusieurs fontaines, en complément de celle qui existait : l’une sur la place du haut du village, une autre au quartier du moulin, une au bas du village.

Le lavoir est construit en 1932. Avant (et même après), les femmes du village allaient laver le linge dans la Lauzance.

La première adduction d’eau (privée) serait celle de la ferme Callet, installée en 1911, au quartier du château.

Dans le village, il faudra attendre quelques années encore pour que soit installée l’eau courante. Le réservoir qui l’alimente est alors situé au Paroir, au nord de N.D. de Calma et il est alimenté par la source des seigneurs et par la source des ânes.

C’est en 1929 qu’un réseau d’égout est mis en place pour l’évacuation des eaux usées.

Les fontaines deviennent alors moins utiles : celle située sur la place de l’église est supprimée vers 1937-8.

Depuis 1960, le quartier du Rioufret est alimenté par le captage dit des Trois sources qui est raccordé au réseau.

Jusqu’en 1992, le village est ainsi alimenté par le captage de trois sources : Seigneurs, Anes, Rioufret.

La source de la Doué, située au-dessus de Claret et dont le débit est de plusieurs litres par seconde, même au cœur de l’été, a été captée en 1990 pour alimenter un nouveau réservoir construit à la Dondelle. Ce nouveau réservoir a été inauguré en 1992.

 

 

 

 

[1] AD26, E3152 et AL, p.366

[2] Sur ce point et ce qui suit, voir BLL n°23

[3] AD 05

[4] Fonds Jarjayes n°32

[5] AL, p.367, AD26, E3186 ??

[6] BLL n°10, p.39 L’eau à Lachau, Henri et Monique Amic

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