Le chateau des La Tour-Du-Pin-Montauban

Dossier 5 Img 1Carte postale ancienne (Cliché C.Jullien)

 Avec son vaste corps de logis et ses quatre tours rondes, le château de Lachau a fière allure, même s’il n’a plus tout le lustre qui était le sien sous l’Ancien Régime.

Les origines

La construction du château est attribuée à René de la Tour-Gouvernet (1543-1619) qui fut l’un des principaux chefs des armées protestantes du Dauphiné pendant les guerres de Religion. Enrichi par la guerre et désireux de montrer sa puissance, Gouvernet se constitua un vaste domaine foncier dans les Baronnies dont Lachau faisait partie.

Nous ne connaissons pas la date de construction du château, mais Gouvernet ayant acquis 1/9e de la seigneurie de Lachau en 1582 et le reste en 1616, celle-ci pourrait se situer à la fin du XVIe, voire plutôt au début du XVIIe siècle [1].

Nous ignorons si ce château a remplacé une bâtisse préexistante. Nous savons cependant qu’avant le XVIIe s., Lachau était un lieu fortifié [2]. Nous remarquerons aussi qu’à la base du mur S-E, l’appareillage de pierre est différent du reste et pourrait appartenir à un bâtiment plus ancien.

 Dossier 5 Img 2

Description du château en 1707 

Le Livre-Cadastre de 1707 décrit ainsi le château : Château, Basse-cour, écuries, granges, régalles, pigeonnier, prés attenants et terres à l’enclos du village et au quartiers du Rousset et des Graves, le chemin qui va à Lausanche séparant les prés et les bâtiments, confrontent du L(evant) la rivière de Lauzanche, du M(idi) jardin de Louis Bernard, le chemin et le rodage du village, du C(ouchant), la place publique, la même enceinte du village, le chemin qui va à Ballons et jardin de René Artaud

L’ensemble couvrait 16.743 canes carrées, soit environ 6,4 hectares, répartis comme suit : le château, septante-huit canes, la cour quarante-quatre canes, le pigeonnier sept canes, les grueries tant deçà que delà le chemin huitante canes, les régales et suites trente canes, les prés BB quatre-mille-dix-sept canes et douze-mille-quatre-cent-huitante-sept ca de terres gravoir. La propriété se prolongeait au nord, jusqu’à La Meouge, par la terre dite de la Fouent de la Cour qui couvrait 35.525 canes, soit 13,5 hectares.

Un bâtiment rénové au XVIIIe siècle

Le château présente un plan rectangulaire, de 18 m x 15,5m, cantonné de 4 tours rondes d’environ 4,5 m de diamètre[3]. Il occupe une surface au sol d’environ 350 m2 et se développe sur quatre niveaux.

L’entrée principale se situe dans la grande basse-cour.

Les murs extérieurs, bâtis en « petit appareil », ont une épaisseur de 1 m, à la base et de 60 cm au sommet et étaient à l’origine couverts d’un enduit de chaux.

De l’époque de sa construction, le château conserve son plan et son agencement général [4]. Deux meurtrières murées, situées à 50 cm au-dessus du sol du second étage de la tour ouest, rappellent la vocation défensive de la construction primitive. Les ouvertures des portes et des fenêtres semblent d’origine, y compris la fausse fenêtre, en trompe-l’œil, aménagée sur la façade donnant sur la cour.

Le château fut profondément rénové en 1757, à l’initiative de René-Louis-Henri de la Tour-du-Pin-Montauban, arrière-arrière-petit-fils de Gouvernet. Il fut alors modernisé dans le goût du temps. De cette époque date l’avancée sur la place de la fontaine [5] (photo ci-dessous), qui était notamment destinée à recevoir des « commodités ».

 Dossier 5 Img 3

Vue du château depuis la place de la fontaine (2007)

L’époque moderne a apporté son lot de modifications. Après sa vente, en 1796, le château a été divisé en appartements. Deux escaliers intérieurs ont été créés. Une entrée a été ouverte sur la place de la fontaine. Les grandes pièces ont été redistribuées. Il en est ainsi de la grande salle, cloisonnée en quatre pièces, tandis que la salle à manger du rez-de-chaussée est devenue un garage.

Un balcon, aujourd’hui démoli, fut, un temps, aménagé dans le prolongement d’une des fenêtres de l’ancienne chambre du marquis, au premier étage. Une terrasse construite le long de la tour Sud est par contre toujours en place. Elle a été couverte il y a quelques années d’un toit de tuiles porté par une structure en bois.

Parmi les aménagements apportés au bâtiment, l’installation, au début du XXe siècle, d’une « cochonnière », au rez-de-chaussée de la tour Ouest, faillit être fatale à cette partie du bâtiment. Fragilisée par le décaissement du mur sur 50 cm d’épaisseur, en vue d’agrandir l’espace intérieur, la tour prit rapidement du « ventre » et il fallut rebâtir le mur en toute hâte pour éviter l’écroulement. Ainsi s’expliquent la forme de cette tour et les cerclages de fer qui l’entourent.


Le château à la fin de l’Ancien Régime

Le bâtiment du château est l’élément principal de l’habitation seigneuriale, mais son emprise était plus vaste. Elle englobait la petite cour située au couchant où se trouvait le four. Les la Tour du Pin avaient acheté la maison contigüe[6], au sieur Claude Teyssier, de Sisteron. Elle comprenait également la grande basse-cour, un petit logement et son écurie.

Au midi, un jardin clos, de 4000 m2 environ, s’étendait jusqu’à la rivière. La ferme mitoyenne du quartier des cordiers appartenait aussi au seigneur.

Dossier 5 Img 4

Le château et ses dépendances (sur fond du cadastre napoléonien)

Les hachures délimitent le lot du château lors de la vente des biens nationaux, en 1796

Les inventaires dressés pendant la période révolutionnaire nous permettent de disposer d’une description relativement précise de l’intérieur du bâtiment.

A cette époque, le marquis François-Armand de la Tour-du-Pin-Montauban, seigneur de Lachau, a rejoint l’armée des émigrés. Ses biens ont été confisqués par l’autorité publique et c’est en vue de leur vente que deux fonctionnaires dressent, en 1792, l’inventaire, pièce par pièce, du château. L’acte de partage du bâtiment entre les acheteurs, établi quatre ans plus tard, nous apporte aussi de précieuses informations.

Au rez-de-chaussée, le château était traversé par un corridor central qui partait de l’entrée, située dans la grande cour, et se prolongeait jusqu’à la façade opposée où il s’ouvrait sur une petite cour qui abritait le four du château. A gauche du corridor, se trouvait un « grenier » à blé, et peut-être un cellier dans la tour Sud, ainsi que des caves. A droite du corridor, l’escalier qui monte vers les étages séparait la cuisine et la salle à manger.

Au premier étage, au-dessus de la cuisine, se trouvait la chambre de Monsieur. A côté, la grande salle du château occupait le quart Est. Selon la mémoire orale, rapportée par André Lacroix, Gouvernet aurait fait retirer les dalles de l’église ND de Calma pour couvrir le sol de cette salle.

Dossier 5 Img 5

Communiquant avec la grande salle, par une porte à double battant, un salon de compagnie, parfois appelé la chambre au parquet, occupait le quart Sud. Dans la tour contigüe avait été aménagée la chapelle du château, reconstruite en 1786.

Dans le quart Ouest, donnant sur la place (de la fontaine), se trouvait la chambre dite de Madame ou de Me Faure, du nom du notaire d’Orpierre, chargé d’affaires du seigneur.

Le deuxième étage comportait six grandes pièces principales, à usage de chambres, dont certaines destinées aux domestiques.

Le troisième étage, sous le toit, comportait deux chambres de domestique et deux vastes débarras.

Dossier 5 Img 6

La vie au château

 

Après Gouvernet, sa descendance, adopte le nom prestigieux de La Tour-du-Pin-Montauban. La branche de la famille qui porte les titres de marquis de Soyans et de baron de Lachau va conserver le château pendant 5 générations.

Les La Tour-du-Pin-Montauban résidaient le plus souvent dans leur château de Soyans, près de Crest. Le château de Lachau était pour eux une résidence secondaire. Les archives nous montrent toutefois que certains membres de cette famille furent très présents au village. Parmi eux, René-Louis-Henri de la Tour du Pin-Montauban (seigneur de Lachau de 1732 à 1767) semble avoir été particulièrement attaché à Lachau. Nous avons vu qu’il fut le maître d’œuvre du réaménagement du château. Il eut 14 enfants, dont 10 filles. Deux de celles-ci naquirent à Lachau : Françoise-Victoire, le 5 novembre 1756, et Magdelene-Victoire-Renée, le 21 septembre 1759. Deux autres s’y marièrent : Marie-Renée-Lucresse, avec Pierre-Paul-René-François de Clerc, marquis de Ladevèze, le 20 février 1763, et Madeleine-Gabrielle-Renée, avec Anet-Jacques-Joseph de Rostaing, le 1er mars 1764. Les bénédictions nuptiales eurent lieu dans la chapelle du château.

Le château était le lieu symbolique de la fonction seigneuriale. La grande salle, héritière de la « aula » médiévale, est la marque du seigneur. Le grenier à blé, situé au rez-de-chaussée, était destiné à recevoir l’impôt payé en nature par les sujets du seigneur : la reconnaissance des droits seigneuriaux faite en 1700 par la communauté des habitants de Lachau stipule en effet que ceux-ci devront verser au seigneur des prestations en blé et en argent et qu’elles seront portées au jour et fête de la Toussaint, « dans le château dudit seigneur ». La présence de plusieurs pigeonniers atteste aussi d’un privilège seigneurial.

 

L’inventaire du château en 1792

L’inventaire du mobilier du château, dressé à la Révolution, laisse entrevoir le mode de vie de ses occupants. Le mauvais état de certains objets montre cependant que les propriétaires avaient quelque peu délaissé leur château qui était inhabité depuis 1789. En tous cas, tout semble en place, ce qui ne fut pas le cas à Soyans, résidence principale des La Tour-Montauban, où le château fut pillé par les « révolutionnaires ».

Une analyse, pièce par pièce, de tous les objets serait fastidieuse. Nous nous contenterons d’évoquer le contenu de quelques pièces à vivre.

Dans la cuisine située au rez-de-chaussée, outre une mée, une table à six pieds avec deux tiroirs, se trouvait un tournebroche avec son contrepoids et sa broche, actuellement conservée chez un habitant du village.

La « grande salle » du premier étage était ornée d’une tapisserie de toile peinte à l’huile, en panneaux, les uns avec des motifs de fleurs, de fruits et les autres de paysages. Le long des murs, il y avait un thermomètre portatif, une horloge comtoise, une fontaine et son bassin sur un support en bois, ainsi qu’un buffet à quatre panneaux fermant à trois clés. La pièce ne contenait pas moins de 22 fauteuils et 25 chaises

Communiquant avec la grande salle, le salon de compagnie était orné de quatre tapisseries de haute lice portant les armes du seigneur, d’une tapisserie de toile peinte et d’une glace de Venise, on y trouvait également des damiers, des jeux d’échec, des raquettes et des boites de jeux.

La chapelle, située dans la tour contigüe au salon contenait un autel à tombeau, un tabernacle, une statue de la vierge, des chandeliers dorés et un tableau.

La petite bibliothèque, aménagée dans la tour située au fond de la chambre du marquis contenait quatre-vingt-dix volumes, parmi lesquels des livres à caractère religieux, des livres d’histoire, notamment les mémoires de Lesdiguières, et quelques romans dont Robinson Crusoé et Don Quichotte.

Tous ces objets furent vendus aux enchères publiques.

 

1796 : la vente du château comme bien national

Le dernier des seigneurs de Lachau, Armand-François de la Tour du Pin-Montauban, émigre en 1789, ses biens sont confisqués.

Désormais inhabité, le château est toutefois réquisitionné quelques temps, en 1791, pour loger une troupe de 30 soldats d’infanterie envoyée par le Directoire de Nyons afin de rétablir l’ordre après les émeutes qui avaient suivi la vente des biens ecclésiastiques. En effet, nous dit F. Ferrand, il avait été décidé de loger cette troupe au château par crainte qu’elle ne fraternise avec les insurgés de Lachau.

Les préparatifs de la vente débutent à la fin octobre 1793. Deux commissaires venus de Nyons estiment et composent les lots des biens du seigneur destinés à être vendus. Dans leur rapport, ils concluent que le bâtiment « n’est guère susceptible de division et que si on le divise, il serait totalement dégradé, n’ayant qu’un seul escalier et qu’on trouverait plus facilement des acquéreurs en le laissant dans son entier » [7]. Les villageois vont en décider autrement. Dix-neuf personnes s’associent pour acquérir le château. Il s’agit de Jean Amic, Louis Audibert, Alexis Bernard, Jean-Baptiste Bernard, Jean-François Bernard, Joseph Brissac, Eutrope Brunel, Georges Gautier, Jean-Baptiste Jean, Joseph Lachau, Augustin Laugier, Jean Laugier, Pierre Mathieu, André-Magloire Nave, Jean Mathieu Cocu, Jean Mathieu Guerre, Antoine-Joseph-François Plauche, Jacques Maignet, et François Roubaud. Tous sont de Lachau à l’exception de Maignet qui est de Vers et de Roubaud qui est de Séderon.

Les associés conviennent que l’achat du château sera réalisé pour compte commun par quatre d’entre eux et que des lots seront ensuite constitués et répartis par tirage au sort. Un seul lot est pré-attribué : la petite maison située dans la cour du château qui doit revenir à Jean Amic. Il est aussi convenu qu’un nommé André Aubert aura une chambre qui lui sera attribuée par les co-associés (s’agissait-il d’un domestique résidant déjà dans le château ?)

Lors de la vente, qui a lieu en avril 1795, les associés acquièrent, pour 21 700 livres, le lot du château qui comporte aussi la maison Teyssier et la petite maison située dans la cour. Ils achètent aussi le grand jardin situé au midi du château, ainsi que deux vignes non attenantes.

Une fois l’achat réalisé, la constitution des lots destinés à chacun des coassociés est confiée à Jean Bernard et à Jean Autran, de Lachau. Le partage, par tirage au sort, a lieu le 8 juin 1796 (20 prairial an IV), dans le château, en présence de témoins et de Me Raynaud-Lacroze. Le château proprement dit est divisé en quatorze lots et la maison Teyssier en trois lots. Le jardin situé au midi du château est, divisé en dix-huit parcelles.

Au moment du partage, les associés ne sont plus tout à fait les mêmes qu’en 1795 : Jean-François Bernard, Pierre Mathieu et Jacques Maignet ont revendu leur part à d’autres associés, tandis que Jean-Baptiste Jean n’est plus partie prenante.

L’acte de partage stipule que la grande cour du château sera commune à tous les associés. Il est également dit que les murs extérieurs, les toits et les combles seront communs aux titulaires des dix-sept lots tirés au sort. Enfin, l’acte décrit les aménagements à faire pour que chacun puisse accéder à son lot et disposer d’une cheminée.

La propriété du château de 1796 à nos jours

Dès après le partage de 1796, les nouveaux propriétaires procèdent à des échanges. Ainsi, 10 jours après le partage, François Roubaud, à qui avait été attribué la « chambre de Monsieur », l’échange contre le lot du bâtiment appelé « les greniers » et le jardin attenant appartenant à Jean-Baptiste Bernard. Il y en eu bien d’autres.

En 1801, François-Armand la Tour du Pin est amnistié. Il revient en France et tente de racheter ses anciennes possessions et notamment son château. Mais la plupart nouveaux propriétaires refusent de céder ce qu’ils ont acquis et l’ancien marquis doit par renoncer à son projet.

Le château reste une copropriété et il le restera jusqu’à nos jours.

Par le jeu des ventes et des successions, le nombre de copropriétaires du château passe de 12, en 1796, à 5 en 2013, dont deux résidents permanents.

Au fil du temps, le château fut utilisé comme auberge où on logeait « à pied et à cheval », mais aussi comme manufacture d’allumettes. Un cordonnier semble y avoir tenu boutique. Parmi les occupants successifs du château, il en est un qui a marqué les esprits. Il s’agit de M. Ville, maréchal-ferrant qui, dans l’entre-deux guerre, avait installé sa forge, au rez-de-chaussée du château, à l’emplacement de l’ancienne cuisine.

Le château d’aujourd’hui

Aujourd’hui, le château reste l’un des monuments emblématiques du village, et la fierté de ses habitants, même si, au fil des années, son entretien a été quelque peu délaissé et s’ il reste peu de choses des aménagements intérieurs qui en faisaient une demeure noble, du temps de sa splendeur.

A chaque mariage dans la commune, il est de coutume que les mariés et les invités de la noce se fassent photographier devant la porte du château.

Des travaux de restauration ont été entrepris depuis quelques années. Souhaitons qu’ils puissent continuer.


ANNEXE – Transcription de l’acte de partage du château le 8 juin 1796

 Dossier 5 Img 7

p.126 – N°52

PARTAGE ENTRE 18 CITOYENS DE LA CHAUP

Ce vingt prairial l’an quatre de l’ère républicaine par devant nous notaire public établi par le département de la Drôme à la résidence de Séderon en présence des témoins soussignés sont comparus les citoyens

1 Alexis Bernard

2 Joseph Brissac

3 Georges Gautier

Ces deux derniers tant pour eux-mêmes que pour 4Pierre Mathieu de qui ils ont acquis la portion par acte (établi par) le citoyen Plauche

5 André Magloire Nave

6 Jean-Baptiste Bernard, tant en son nom que pour faisant fort pour

7 Jean Mathieu guerre

8 Louis Audibert

9 Antoine Joseph François Plauche

Joseph Mathieu cocu comme acquéreur de la portion de 10Jean-François Bernard par acte (établi par) ledit Plauche notaire à Lachau

Joseph Lachau comme se faisant fort et agissant pour 11Jean-Baptiste Jean

12 Jean Mathieu cocu

13 Jean Laugier

Résidant à la commune de Lachau,

et 14 François Roubaud citoyen de la commune de Séderon tant en son nom que celui de 15Jacques Maignet citoyen de la commune de Vers de qui il est acquéreur par acte (établi par) ledit Plauche

Lesquels désirant se partager avec 16 Eutrope Brunel et 17 Augustin Laugier xxx coassociés

Primo un fond appelé de la cour ou Gravas

2° une terre et vigne au quartier des Pigniers

3° une / /mauvaise vigne quartier des Feuilles

4° la maison acquise par le ci-devant propriétaire du nommé Teyssier

Enfin le ci-devant château et autres objets y attenants à l’exception du petit logement, l’écurie et le grenier à foin y attenants qui forme(nt) le lot de Jean Amic

Ont prié et chargé Jean Bernard et Jean Autran tous les deux citoyens de Lachau de leurs partager lesdits immeubles tous sis dans la commune de Lachau et saisis par la république sur La Tour du Pin Montauban, lesquels Bernard et Autran ont fait ainsi et de la manière qu’ils nous ont ci-après dictée, savoir quant au Gravas ils l’ont divisé en dix-huit lots où ils ont planté des limites et comme chacun des copartagés depuis quelques temps en possession du lot qui lui échu par le fort et continuera de jouir avec tous les privilèges et servitudes et attendu qu’il reste un lot qui est possédé et exploité par 18Jean Amic citoyen dudit Lachau, les copartageants lui le vendent et lui le subrogent purement et simplement moyennant la somme de cinquante livres que ledit Amic leur a tout présentement compté en promesses de mandats territoriaux qui reçues par lesdits copartageants xx xx quittances quant à la maison de Teyssier ils sont divisés en trois lots et le ci-devant château en quatorze lots

Dont le premier consiste xx au grenier à blé qui est au rez-de-chaussée et confine au levant la grande basse-cour au midi le jardin, au couchant la petite cour et au nord la cave 2° au grand galetas qui est sur la gauche et au pigeonnier qui y est joint

Le second consiste 1° à la cave et au petit office qui y est joint et qui confine au levant la grande basse-cour, au midi le susdit grenier à blé au couchant la petite cour et au nord le corridor qui vient de la porte d’entrée 2° au grand galetas qui est sur la droite

Le troisième consiste à la cuisine et aux deux offices qui sont dans le fond et qui confinent au levant la grande basse-cour au midi le corridol qui vient de la porte d’entrée au couchant un petit office qui est sous le degrés qui conduit à la salle et au nord la place

Le quatrième consiste 1° au salon qui est au rez de chaussée et qui confine au levant le degrés qui conduit à la salle au midi le corridol, au couchant le four à cuire (le) pain et au nord la place 2° au petit office qui est au rez de chaussée en dessous de l’escalier et qui confine au levant la cuisine au midi le corridol et au couchant le gré ? et au nord la place

Le cinquième consiste au four à cuire le pain et à la petite basse-cour qui le jointe et qui confine au levant le salon et le corridol au midi le jardin au couchant la maison de Jean-Pierre Brusset et au nord la place.

Le sixième consiste à la salle et au petit cabinet qui est à son midi dans la tour qui confine au levant la grande basse-cour au midi le jardin au couchant la chambre du parquet et au nord la chambre dite de Monsieur qui est au premier étage.

Le septième consiste à la chambre appelée le parquet et au petit cabinet qui est à son midi dans la tour et qui confine au levant la salle au midi le jardin, au couchant la petite cour et au nord la petite chambre qui fait partie du treizième lot

Le huitième consiste à la chambre dite de Monsieur et aux trois petits cabinets qui y sont joints et qui confinent au levant la grande cour au midi la salle, au couchant le degrés qui conduit à la salle et au nord la place

Le neuvième consiste à la chambre dite de Monsieur Faure à son alcôve et aux deux cabinets qui y sont joints et qui confinent au levant l’escalier au midi la petite chambre qui fait partie du treizième lot au couchant l’appartement qui est en dessus du four et au nord la place

Le dixième consiste à l’appartement qui est au second étage en dessus du parquet et au petit cabinet qui est dans la tour

Le onzième consiste 1° à l’appartement qui est au-dessus de la chambre de Monsieur et cabinets y joints 2° à une chambre au galetas qui est plafonnée en plancher de sapin qu’occupaient anciennement les domestiques dont les fenêtres ont vue dans la grande basse-cour.

Le douzième consiste 1° à une chambre qui est au second étage et qui confine et a vue au levant sur la grande cour au midi la chambre qui forme le treizième lot, au couchant le corridol et au nord la chambre du onzième lot 2° à une chambre dont la fenêtre a vu sur le toit du four à son petit cabinet qui est dans la tour.

Le treizième lot consiste 1° à une chambre qui est au second étage où il y a une poutre cassée et à son cabinet au fond du corridol à gauche qui confinent au levant la grande basse-cour au midi le jardin au couchant le corridol et au nord la chambre du douzième lot 2° à la petite chambre voûtée qui est au premier étage au nord de la chambre du parquet avec vue sur la petite cour et pour y parvenir ainsi que pour parvenir dans la chambre du parquet il fera par ceux à qui elles appartiendront ouvrir ? des portes d’entrée dans le petit office qui est à la droite de la porte d’entrée de la salle lequel office sera commun aux deux lots. Le placard qui y est étant en entier au treizième lot

Le quatorzième consiste 1° à un appartement qui est au second étage en dessus du petit office dans lequel se doivent ouvrir les portes d’entrée dont il se parle au treizième lot 2° à trois appartements contigües au second étage dont la porte d’entrée touche l’appartement ci-dessus désigné et faisant partie du XXX lot

Le quinzième consiste 1° à la cuisine de la maison de Teyssier, au salon qui est au-dessus et au galetas qui est en-dessus des appartements qui forment le dix-septième lot

Le seizième consiste à la cave et boucher y joint dans lequel il y a une cave à la loge à cochon emplacement qui forme un carré long devant ladite loge à cochons les appartements qui sont au-dessus jusqu’au toit à l’exception du cabinet obscur qui fait partie du dix-septième lot.

Le dix-septième consiste à une écurie à la chambre qui est au-dessus et un petit cabinet obscur qui est dans le fond en-dessus de la cave

Pour arriver dans le quinzième et dix-septième lot la porte d’entrée et l’escalier seront communs

Quant au propriétaire du seizième lot il ouvrira la porte d’entrée où bon lui semblera sans qu’il puisse avoir aucune communication avec les 15° et 17° lot néanmoins jusqu’à la St Michel prochain il passera par la porte d’entrée

Quant aux propriétaires des quatorzièmes premiers lots qui n’ont point de cheminées il leur sera permis d’en faire une à leurs frais et dépens là où ils voudront en nuisant le moins possible à leurs coassociés.

Quant aux quatre murs qui forment la carcasse du château et la maison de Teyssier ainsi que leurs toits respectifs ils seront entretenus à communs frais par les dix-sept coassociés à qui il est défendu sous quelque prétexte que ce soit de dégrader et de détériorer le lot qui lui échoira par le sort qui a désigné pour le premier lot, Jean-Baptiste Bernard

pour le second, Augustin Laugier

pour le troisième, Joseph Lachaup

pour le quatrième, Alexis Bernard,

pour le cinquième, Joseph Brissac,

pour le sixième ledit Brissac et George Gautier, comme acquéreurs de Pierre Mathieu ;

pour le septième, François Roubaud, acquéreur de Jacques Magnet ;

pour le huitième, ledit Roubaud

pour le neuvième, Louis Audibert

pour le dixième, Joseph Mathieu comme acquéreur de Jean- // -François Bernard,

pour le onzième, Jean Mathieu cocu

pour le douzième, Jean Laugier,

pour le treizième, Antoine Joseph François Plauche,

pour le quatorzième George Gautier,

pour le quinzième, Jean Mathieu guerre, pour qui il fait fort Jean-Baptiste Bernard,

pour le seizième, Magloire Nave

et pour le dix-septième Eutrope Brunel.

Quant au jardin, ils l’ont divisé en dix-huit lots dont chacun a environ soixante toises et dont le premier que le sort a désigné pour Joseph Lachaup confine au levant le canal d’arrosage, au midi le mur au couchant le mur du château et au nord le second lot que le sort a désigné pour Jean Laugier qui confine au levant le canal d’arrosage au midi le premier lot au couchant le cellier du château et au nord le troisième lot que le sort a désigné pour George Gautier qui confine au levant le canal d’arrosage, au midi le second lot, au couchant les murs du château, et au nord le quatrième lot que le sort a désigné pour Jean Mathieu cocu qui confine au levant le chemin de division, au midi le troisième lot au couchant les murs du château et au nord le cinquième lot que le sort a désigné pour François Roubaud comme acquéreur de Jacques Magnet qui confine au levant le chemin de division au midi le quatrième lot, au couchant les murs de la cour et au nord le sixième lot que le sort a désigné pout Antoine Joseph François Plauche qui confine au levant le chemin de division au midi le cinquième lot au couchant les murs de la cour et au nord le septième lot désigné pour être vendu et licité ? attendu qu’il est de reste qui confine au levant le chemin de division au midi le sixième lot, au couchant les murs de la cour et au nord le huitième lot désigné pour Eutrope Brunel, qui confine au levant le chemin de division au midi le septième lot, au couchant les murs de la cour et au nord le neuvième lot désigné pour Alexis Bernard qui confine au levant le chemin de division au midi le huitième lot, au couchant les murs de la cour et au nord le mur du jardin. Le sort a désigné le dixième lot pour André Magloire nave qui confine le mur, au midi le onzième lot au couchant le canal d’arrosage et au nord le mur. Le sort a désigné le onzième lot pour Jean-Baptiste Bernard, qui confine au levant le mur, au couchant le canal d’arrosage et au nord le dixième lot et au midi le douzième lot désigné pour François Roubaud qui confine au levant le mur, au couchant le canal d’arrosage, au nord le onzième et au midi le treizième lot désigné pour ledit Plauche comme acquéreur de Joseph Mathieu par acte publié ? qui confine au levant le mur au couchant le canal d’arrosage au nord le douzième lot et au midi le quatorzième lot désigné pour Augustin Laugier qui confine au levant le mur, au couchant le canal d’arrosage au nord le treizième lot au midi le quinzième lot désigné pour Louis Audibert, qui confine au levant le mur, au couchant le canal d’arrosage au nord le quatorzième lot et au midi le seizième lot désigné pour Jean Mathieu guerre pour qui se fait fort Jean-Baptiste Bernard, qui confine au levant le mur, au couchant le canal d’arrosage au nord le quinzième lot et au midi le dix-septième lot désigné pour Joseph Brissac qui confine au levant le mur, au couchant le canal d’arrosage, au nord le seizième lot et au midi le dix-huitième lot que le sort a désigné pour ledit Brissac tant comme acquéreur de la moitié de Pierre Mathieu que comme ayant échangé l’autre moitié avec George Gautier contre une égale contenance de terrain que ledit Brissac a cédé audit Gautier à prendre sur le dernier lot du pré de Teyssier, ou limites ont été plantées déclarant lesdits Brissac et Gautier que chacun de leurs immeubles échangés est de la valeur de cinquante livres Mandats territoriaux lequel lot confine au levant le mur au midi aussi, au couchant le canal d’arrosage et au nord le dix-septième lot. Il est de pacte exprès convenu que les murs du jardin seront entretenus à communs frais et qu’il sera de même ouvert une porte d’entrée dans le mur au midi vis-à-vis du chemin de division et du canal d’arrosage pour garnir et dégarnir ? les huit premiers lots. Il est en outre convenu que les huit premiers lots seront garnis et dégarnis par la porte d’entrée et par le chemin qui y est tout près et touche le long du canal d’arrosage. Il est en outre convenu que les coassociés jouiront en commun de la grande cour du château et comme le septième lot du jardin la terre et vigne quartier des pigniers la vigne quartier des feuilles et les Régalles qui sont au-dessous de la cour où il y a un marronnier qui confine au levant et au nord le chemin au midi le jardin et au nord la cour ne peuvent être divisés les copartageants les ont licités entre eux et délivrés à celui qui en a offert le plus et par ce moyen il a été délivré et adjugé la terre et vigne quartier des pigniers aux citoyens Nave et Plauche pour le prix de cinquante livres qu’ils ont tout présentement payé comptant en mandats territoriaux auxdits coassociés qui les ayant reçus ? en quittancent ; il a de même été délivré et adjugé au septième lot du jardin et la vigne quartier des feuilles à Alexis Bernard (rayé) pour le prix de cent livres mandats territoriaux que ce dernier a tout présentement payé comptant auxdits coassociés qui ayant reçu leur quittancement ils ont de même délivré et adjugé les Régalles au-dessous de la cour avec le marronnier à Louis Mathieu citoyen de Lachau (rayè) ici présent et acceptant pour le prix de vingt-cinq livres mandats territoriaux que ledit Mathieu (rayè) a tout présentement payé comptant auxdits associés qui lui quittancent. Etant de pacte exprès convenu que les coassociés subrogent purement et simplement à ses acquéreurs sans leur être dans aucun cas tenu d’aucune restitution de deniers. L’appartement dit le garde-meuble et les commodités y jointes qui sont au troisième étage du château n’ayant point fait partie du partage restent en commun aux coassociés ainsi que la porte d’entrée et les escaliers du château, il est convenu qu’il sera défendu de jeter aucune ordure dans la cour qui fait partie du cinquième lot du château, et pour la sureté et l’observation du présent les parties soumettent tous leurs biens à tous tribunal et acte qui a été fait et publié audit Lachaup dans ledit château, en présence de Mathieu Mathieu et de Antoine Mathieu tous les deux citoyens dudit Lachaup témoins requis et signés avec lesdits Bernard Autran et les parties à l’exception de Joseph Mathieu Cocu de Joseph Lachau, de Jean Mathieu Cocu de Jean Laugier : Jean Amic xxxx approuvant les parties et témoins renvoyés et les dix-sept mots rayés.

 Dossier 5 Img 8

Les signataires de l’acte de partage de 1796

14 signatures :

Nave ; Plauche ; Audibert ; G.Gauthier ; Jean Amic ; Brunel ; G.Bernard ; M.Mathieu ; Roubaud ; J.Brissac ? ; A.Mathieu ; J.Autran ; Bernard ;

Reynaud Lacroze notaire

Enregistré à Montbrun le 8 Messidor an 4 de la République ; R. dix livres en assignats et cinq livres en mandats (signé illisible)

  Dossier 5 Img 9

Carte à jouer ancienne trouvée lors de la réfection d’une chambre du deuxième étage

 

[1] P.Morard, dans PLL n°6 (1989) donne l’année 1576 comme date de construction.

[2] Un texte de 1412 distingue le village non fortifié et le castrum fortifié qui le jouxte au sud.

[3] Le château de La Charce, construit (ou reconstruit) par Gouvernet, a été bâti sur le même plan que celui de Lachau. Construit avant Lachau (entre 1550 et 1575), il a conservé des fenêtres à traverses et meneaux.

[4] La découverte de tomettes en losange (XVIe-XVIIe s.), recouvertes de tomettes hexagonales plus récentes, dans l’une des pièces du second étage, atteste de l’ancienneté de la structure et d’un remaniement ultérieur.

[5] Le mur qui sépare cette construction des pièces voisines conserve la trace des anciennes fenêtres

[6] Selon P.Morard (PLL)

[7] BLL,N°11, p.10