De la Révolution à la Grande guerre

Le bref retour du citoyen Armand-François la Tour-du-Pin

L’époque révolutionnaire passée, vient le temps de la réconciliation nationale. Le 28 vendémiaire an IX (19 octobre 1800), Bonaparte, premier consul, permet aux émigrés de rentrer en France, à la condition de jurer fidélité à la Constitution. Le 6 floréal an X (25 avril 1802), les émigrés bénéficient d’une amnistie générale et de la possibilité de rentrer en possession de leurs biens qui n’avaient pas encore été vendus.

Le citoyen Armand-François La Tour-du-Pin revient rapidement en France. Son certificat d’amnistie est datée du 7 Ventôse an IX (26 février 1801). Il élit domicile à Avignon et dans le courant de l’été suivant, il se rend à Lachau, accompagné d’un homme d’affaires, du nom de Jean-Jacques Faudon, pour tenter de racheter les biens qui lui avaient été confisqués.

Plusieurs acheteurs de ses biens lui répondent favorablement. D’autres refusent.

Une série d’actes notariaux entérine les rachats. Les actes sont passés dans la maison d’André Bernard-Lacroix, en sa présence et celle du notaire Plauche qui agit comme témoin. L’ancien seigneur est appelé citoyen et dans le texte et dans sa signature, il abandonne sa particule. Faudon intervient comme financier. Il rachète certains biens, que l’ancien seigneur pourra racheter s’il le rembourse dans les deux ans.

Pour les biens qu’il ne peut racheter, Armand-François la Tour du Pin entérine la vente moyennant la récupération de ce qui n’avait pas été totalement payé par l’acheteur.

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Signature d’Armand La Tour du Pin au bas d’un acte du 12 fructidor an 9 (30/8/1801)

 

Mais l’ancien seigneur constate rapidement qu’il ne pourra pas rentrer totalement en possession du château familial. Les moyens doivent aussi lui manquer pour rembourser Faudon. Finalement, il renonce à ses biens de Lachau et des environs, et, en 1802, il vend à Faudon, pour 16 100 francs, tout ce qu’il avait pu racheter.

Il se retire à Bourges où il décède le 24 février 1810. [1]. Son fils, qui lui succède à la tête de la famille, deviendra pair de France.

La caisse d’amortissement et la vente de biens communaux en 1813

En 1813, les finances impériales sont au plus bas. Pour les renflouer, les responsables politiques trouvent une solution : vendre les biens des communes qui ne servent pas directement à un usage public. Le dispositif inscrit dans la loi de finances du 20 mars 1813 s’apparente à celui des assignats. Il est demandé aux communes de répertorier les biens en question, puis de les céder à une Caisse d’amortissement, spécialement constituée pour les mettre en vente. Et comme le besoin d’argent est pressant, en l’attente de leur vente, ces biens vont servir de caution à des emprunts émis par la Caisse.

La commune de Lachau, comme toute les communes, est invitée à participer à l’effort national. Elle dresse une liste des biens qui répondent à la définition du législateur et les cède à la Caisse d’amortissement qui les met aussitôt en vente. Ces biens proviennent notamment de biens saisis pendant la Révolution et tombés en déshérence. En voici la liste :

– une terre libre du quartier du château (environ 100 ares) ;

– l’emplacement d’un four en ruines au quartier du moulin ;

– l’emplacement de la chapelle Saint-Claude, également tombée en ruines, et sa régale ;

– une terre du défens du château, à l’est de Marablache, (2 hectares) ;

– une terre au quartier Saint-Michel (5 ares).

Les acheteurs qui se présentent sont Jean-Baptiste Francou, Jacques Seiron (de St-Vallier), François Bernard et Joseph-François Jullien.

Pour ne pas pénaliser les communes, la loi prévoyait de leur verser une rente égale aux revenus qu’elles tiraient des biens vendus. Dans les faits, elles n’en tirèrent que peu de profit et seuls l’Etat et les acheteurs firent une bonne affaire.

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Quand Marie devient Antoine

Quand Marie devient Antoine

 

Le 2 mai 1825, le maire, Jean-François Jullien rectifie les registres d’état civil, en application d’un jugement du tribunal de Nyons du 14 février.

C’est ainsi que Marie Truphémus, née fille, le 22 pluviose an 6 (10 février 1798), devient Antoine.

Une fraude classique pour soustraire un garçon au service militaire !

Le village à son apogée démographique

Passé l’Empire, la première moitié du XIXe siècle est une période faste pour le village.

De nombreuses personnes, venues des villages voisins, et même au-delà, s’installent à Lachau et fondent une famille. C’est l’origine des familles Boyer, Bruis, Clavel, Combe, Deluchi, Gay, Gilles, Gourjon, Morel, Pellegrin, Rougnon, Roux, Truchet, Sarlin et de bien d’autres.

L’épidémie de choléra qui, en 1854, touche les Baronnies épargne Lachau. Seuls deux décès sont signalés dont celui du garde-champêtre de Ballons, venu se réfugier à Lachau pour fuir l’épidémie qui sévissait dans son village [2].

En 1791, Lachau comptait 720 habitants.

En 1860, avec 907 habitants le village est à son apogée démographique. A titre de comparaison, Séderon, chef-lieu du canton, compte alors 710 habitants.

Le pont de la Méouge[3]

Ce milieu du XIXe siècle est, au niveau national, le temps des grands travaux routiers.

En 1845, l’Administration entreprend de modifier le tracé de la route n°13, qui passe sur la rive gauche de la Méouge, pour la faire passer à Lachau. Le conseil municipal approuve cette proposition, mais trois habitants du village s’y opposent. Le projet ne peut aboutir, au grand dam du maire, Marius Jarjaye, qui stigmatise leur attitude qu’il qualifie d’entrave au progrès.

Les opposants ont finalement gain de cause. La route reste donc sur la rive gauche de la Méouge. Pour la rejoindre, et remplacer l’ancienne passerelle, reconstruite en 1841, après avoir été emportée par une crue, il est décidé de construire un pont de bois [4]. Le 10 janvier 1850, le conseil municipal vote un budget de 4894 francs en ce sens.

Le chemin d’accès est élargi. On le borde de peupliers dont une partie sera vendue en 1918, pour améliorer les finances de la commune.

Les culées du pont sont édifiées par Antoine Deluchi, maçon d’origine suisse installé à Lachau. L’ouvrage est réceptionné le 6 juin 1856. Pour compenser les frais de construction et d’entretien, la commune, en 1860, demande au préfet l’autorisation de faire payer un droit de péage aux usagers. L’autorisation est donnée pour les trois foires annuelles de Lachau.

Ce pont sert jusqu’en 1912, date à laquelle il est remplacé par un pont de fer, construit par l’entreprise Vellas, de Valence. Ce nouveau pont est réceptionné en avril 1914 et il sera utilisé pendant 74 ans, avant de faire place au pont actuel.

La nouvelle église et la restructuration du centre du village

Dans les années 1860, le cœur du village change d’aspect avec la construction d’une nouvelle église et la création d’une nouvelle place.

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Emplacement (approximatif) des églises St-Martin et de Très-St-Cœur-de-Marie vers 1860 (Arch. municipales)

 

Ce projet est l’œuvre de l’abbé Joseph Benoit [5], Pour le mener à bien l’abbé lance une souscription auprès des catholiques de France et de l’étranger qui est un véritable succès La construction de l’église est alors rondement menée. Les travaux commencés en 1860 sont achevés en 1862, à l’exception du clocher, si bien que l’évêque de Valence peut consacrer la nouvelle église en avril de l’année suivante.

En même temps que la construction d’une nouvelle église, l’abbé avait prévu de créer une esplanade devant celle-ci, à la place de l’ancienne église et du pâté de maison constitué par l’école des garçons et les deux maisons contigües. A cet effet, il rachète les maisons de Louis et Jean-Pierre Audibert et obtient de la commune d’échanger l’école des garçons contre un bâtiment équivalent situé à proximité.

Mais la mise en œuvre de cette seconde partie de l’opération va poser problème. Le 11 mai 1861, l’abbé Benoit s’était engagé, devant le Conseil municipal, à faire construire la nouvelle église et à la donner à la commune. Simultanément, il avait promis, dans le prospectus destiné aux bienfaiteurs potentiels de la nouvelle église, de créer une fondation perpétuelle dont l’objet serait de faire dire 52 messes par an, en faveur de ceux qui apporteraient leur soutien financier à son projet.

Pour lui, les deux sujets étaient liés et au moment de donner la nouvelle église, il demande à la commune de prendre en charge la fondation. Comme il n’est pas à court d’idées, il propose à la commune de transférer le terrain de l’ancienne église à la paroisse pour que celle-ci puisse la louer et disposer ainsi du revenu destiné à financer les messes.

Estimant que cet échange est de son intérêt[6], la commune en accepte le principe et saisit le préfet de cette proposition. Ce dernier mandate un expert et le 22 avril 1863, il lance une enquête publique auprès de la population. Les seuls à répondre sont … les opposants au curé qui se déclarent contre l’échange. Le projet est suspendu. La pétition lancée [7] à l’initiative du curé pour susciter une contre-enquête n’y fait rien et tout va rester en suspens pour plusieurs années, tant et si bien que le problème n’est toujours pas résolu lorsque l’abbé Benoit, nommé à Die, quitte Lachau au début de l’année 1864.

Dix nouvelles années vont s’écouler sans qu’une solution ne soit trouvée.

En 1874, pour débloquer la situation, l’abbé Benoit, renonce à la cession de l’emplacement de l’ancienne église et propose qu’en contrepartie la commune verse 1200 francs à la Fabrique pour doter la fondation destinée à faire dire les 52 messes annuelles promises aux bienfaiteurs de l’église.

Il faudra attendre 1881 pour qu’un accord puisse intervenir avec l’abbé Benoit. Tout peut alors rentrer dans l’ordre. La nouvelle église devient propriété communale contre une dotation de 1200 frs à la fabrique.

La démolition de l’église Saint-Martin ne sera effective qu’en 1884.

Ce n’était qu’une première escarmouche. Car le village, moins de deux décennies plus tard, allait être profondément divisé par le combat politique qui aboutit, en 1905, à la séparation de l’Eglise et de l’Etat.


Artisans, commerçants, professions libérales et fonctionnaires au XIXe s.

Au XIXe siècle, plus des quatre cinquièmes de la population active de Lachau appartient au monde agricole.

A côté de lui s’est développée, dès les siècles précédents, une petite et moyenne bourgeoisie, constituée d’artisans, de commerçants, de fonctionnaires et de professions libérales, qui donne vie au village. Les métiers pratiqués par cette population laborieuse sont ceux d’un bourg rural. En voici la liste :

Les métiers du village entre 1836 et la Grande guerre

(entre parenthèse le nombre des personnes qui les ont exercés) [8]:

Tailleurs et couturières (62) – marchands (45) – tisserands et métiers du textile hors travail de la soie (38) – travail de la soie a/c de ca 1910 (34) – aubergistes (27) – maçons (27) – fonctionnaires (22) – cordonniers (21) – menuisiers (20) – instituteurs (19) – fourniers et boulangers (18) – voituriers (13) – maréchaux-ferrants (11) – curés (6) – médecins et professionnels de la santé (9) – cafetiers (8) – scieurs de long (6) – fabricants de tuiles et de chaux (6) – meuniers (5) – notaires (2) …

La couture et la fabrication d’habits est de loin l’activité la plus répandue. Le tissage à domicile, activité traditionnelle du village depuis le Moyen âge, est pratiqué jusqu’aux années 1880, le plus souvent en complément du métier de cultivateur.

Au début du siècle, les auberges de Lachau sont tenues par les familles Mathieu et Bernard (place de la fontaine) et par la famille Aubert (place du haut du village). Par dévolution familiale, cette dernière passe ensuite aux Lachau puis aux Truchet (Pierre et son fils Fortuné). Le café de Ferdinand Audibert, devenu auberge vient les concurrencer dans les années 1890. Son fils Victor lui succède.

Un réseau de commerçants tenant boutique se développe dans le village : épiciers, marchands de tissus, de nouveautés, de poteries, de quincaillerie, de rouenneries, de vins, de fromage ….

Un premier boucher est cité en1881, en la personne de Joseph Roux. Comme il n’y a plus obligation de faire cuire son pain au four banal. Des fourniers privés prennent le relais, puis des boulangers qui préparent et cuisent le pain. Le premier boulanger de Lachau est Victor Armand, cité en 1866. Au fil du temps, s’ajoutent des coquetiers, un presseur d’huile, une lingère, un serrurier ou encore un balancier …

Aux chirurgiens des siècles précédents font place des officiers de santé [9] et des médecins. A partir de 1846, cinq médecins se succèdent à Lachau, les docteurs Xavier Viens, Jean Cahuere, J.B. Couren, Charles Villelongue et Patrice Barnouin.

La séparation de l’Eglise et de l’Etat

La bataille de la laïcité, commencée à la Révolution, reprend vers 1880. Elle voit s’affronter, parfois dans la violence, deux conceptions radicalement opposées de la place de l’Eglise dans la nation.

La loi de 1901 sur la liberté d’association crée une exception pour les congrégations religieuses qui sont soumises à autorisation préalable par le parlement et celles-ci sont attribuées avec parcimonie. En juillet 1902, près de 3000 établissements scolaires des congrégations religieuses sont fermés. Des milliers de religieux et de religieuses sont chassés de France.

Le 7 juillet 1904, le gouvernement Combes interdit l’enseignement aux congrégations religieuses qui doivent disparaître dans les 10 ans et le gouvernement rompt les relations diplomatiques avec le Saint-Siège, ce qui revient à annuler le Concordat de 1801.

Une nouvelle loi est préparée au sein d’une commission parlementaire animée par Aristide Briand. Son projet, somme toutes modéré l’emporte et devient la loi du 3 juillet 1905.

De par la nouvelle loi, les églises deviennent des associations de droit privé et la gestion de leurs biens est confiée à des associations cultuelles qui doivent se conformer aux règles générales du culte dont elles assurent l’exercice.

L’inventaire des biens de l’église est source de nouvelles violences dans de nombreuses régions.

 

L’exode rural

 

Après avoir connu son apogée démographique dans les années 1850-1860, la population rurale décline en France.

Ce mouvement, auquel on a donné le nom d’exode rural, a plusieurs causes. C’est d’abord une expansion démographique qui se heurte au manque de terres disponibles qui finissent par être surexploitées tandis que la modernisation de l’agriculture exige moins de main d’œuvre.

La crise agricole des années 1880 accélère le processus Simultanément, avec la Révolution industrielle, la ville offre des emplois et un mode de vie dont certains aspects exercent une attraction sur les jeunes ruraux.

Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, l’exode rural touche principalement les régions où les terres sont d’exploitation difficile et notamment les régions de montagne. La baisse de la population y entraine la disparition progressive des services et de l’artisanat.

Lachau, comme toutes les Baronnies, est touché de plein fouet par ce mouvement.

 

La bataille de la laïcité

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La Bataille de la laïcité

Aux élections municipales de 1898, une nouvelle équipe accède à la direction de la commune. Elle est dirigée par Emile Jean, entrepreneur de travaux publics, et partage les thèses anticléricales.

 

En 1899, le nouveau maire laïcise l’école des filles. En réponse, les religieux en créent une nouvelle.

La même année, le maire interdit les processions. Le curé n’en tient pas compte et maintient la procession de la Toussaint qui attire une foule importante.

En 1902, l’école libre de filles de Lachau doit fermer conformément à la nouvelle législation. Sa réouverture, pourtant autorisée par le Conseil d’Etat, se heurte au refus de la mairie de Lachau, soutenue par le Conseil départemental. L’autorisation est finalement donnée de Paris le 9 décembre. Les enseignantes sont des sœurs de St-Joseph de Marcillac, dans l’Aveyron (cette école fonctionne jusqu’en 1907).

La tension au sein du village atteint son paroxysme en 1905, au point que le ministre de l’intérieur doit dissoudre le Conseil municipal.

Au moment de l’inventaire des biens religieux, en 1906, le curé (l’abbé Bonneau) manifeste son opposition en refusant de cautionner l’opération, avançant que l’église a été construite par l’abbé Benoit, sans le secours de l’Etat et qu’elle doit rester la propriété des fidèles.

L’exode de la population active : de 1860 à 1914, Lachau perd la moitié de ses habitants

Tandis que la tension politique monte au sein du village, celui-ci est atteint d’un mal plus profond.

Depuis le milieu du XIXe siècle, le village ne peut plus donner du travail et nourrir tous ses enfants, il n’est que de voir les photos anciennes pour voir combien la montagne avait été dévastée par le surpâturage.

De tous temps, les jeunes étaient partis du village pour tenter leur chance ailleurs, mais les départs vont alors se faire en masse. Dans les années qui suivent 1860, et jusqu’à la Grande Guerre, des familles entières disparaissent du village. Parmi elles des familles arrivées depuis le début du siècle, comme les Charrol, Clavel, Combe, Deluchi, Giles, Latil et Rougnon mais aussi d’anciennes familles établies à Lachau depuis l’Ancien Régime comme les familles Artaud, Brissac, Charras, Fauchet, Faure, Francou, Gilly, Giraud, Gontard, Lachau, Morenas, Nave, Remusat, Sagi, Saisse et Truphemus.

A la fin du siècle, le tissage à domicile décline rapidement, victime de l’industrialisation et des textiles artificiels. En 1911, ce métier à quasiment disparu de Lachau.

Faute d’offrir une clientèle suffisante, le village n’a plus de médecin à partir des années 1890.

L’étude notariale, qui existait au moins depuis 1662, ferme vers 1881 après le départ de Me Cyprien Jarjaye. Son successeur, Me Lucien Bertrand, la regroupe avec celle de Séderon. Lucien Bertrand, qui sera par la suite maire de Séderon et député de la Drôme, conserve néanmoins pour son usage personnel les locaux de l’ancienne étude, place de la fontaine, où il se retire et décède en 1929. Il y est enterré.

Les nouveaux arrivants se font plus rares. Quelques rares personnes s’installent durablement et font souche pendant cette période. Ils ont pour nom Andreis, Aumage, Bosco, Dunevon, Sarlin, Ville et Vital.

En 1870, Lachau n’a plus que 709 habitants. Ils sont 459 en 1911. Leur nombre a été divisé par deux par rapport au maximum de 1860. Et ce n’est pas terminé.

Ici pas de départs en masse vers des contrées lointains, comme le firent les « Barcelonnettes », mais seulement l’appel de la ville. Quelques exemples du destin de chaupatiers émigrés permettent d’illustrer cet exode

Paul Bernard Audibert est né en 1827 à Lachau. Il choisit de s’engager dans l’armée. Il finit sergent et est honoré de la légion d’honneur, en 1872. A sa retraite, il revient à Lachau, où il décède en 1906.

Pierre Emile Armand nait à Lachau en 1867. Le seul emploi qu’il trouve à Lachau est celui de domestique, lui aussi s’engage dans l’armée, à l’âge de 21 ans. Il participe à divers campagne et termine sa carrière comme adjudant à l’Ecole de guerre. Il est titulaire de la médaille militaire (1911) et de la légion d’honneur (1922). Il décède en 1948 à Grenoble.

Aimée Sarlin, jeune fille originaire de Lachau, va elle aussi tenter sa chance hors du village. Grace à un parent, installé au quartier Saint-Loup, à Marseille, elle trouve une place d’employé chez un instituteur, Joseph Pagnol. Le dévouement et les qualités personnelles de la jeune fille vont lui permettre de gagner la confiance de ses employeurs et c’est tout naturellement qu’elle devient la gouvernante des enfants Pagnol, Marcel, Paul, Germaine et René, au décès de leur mère, en 1910.

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L’allée de peupliers (plantée en 1850) et la nouvelle église (inaugurée en 1863)

 

Les vacances du jeune Marcel Pagnol à Lachau

Lorsqu’Aimée Sarlin propose à Joseph Pagnol d’inviter ses enfants à Lachau, pour les vacances, celui-ci acquiesce aussitôt[10].

Chaque été, pendant plusieurs années, les enfants Pagnol reviendront à Lachau. Ainsi s’expliquent les relations de Marcel Pagnol et de Lachau.

De nombreuses anecdotes sur les vacances des enfants Pagnol sont restées inscrites dans la mémoire du village. On se souvient de Marcel, juché sur des échasses et s’amusant à faire peur aux personnes dont les fenêtres donnaient sur la rue. On le décrit perché sur un arbre, clamant « je suis le maître du monde ». En somme, les facéties d’un enfant espiègle.

Devenu adulte et célèbre Marcel reviendra souvent à Lachau. Et Lachau aura une petite place dans son œuvre : « Je suis de Lachau, dans la Drôme » dit la mère de l’instituteur dans « Manon des sources » et Pagnol va même en profiter pour pointer le doigt sur les différences entre le parler de Lachau et celui du sud de la Provence. Plusieurs lieudits de ses romans sont empruntés à Lachau.

Germaine, sœur de Pagnol, restera, elle aussi, fidèle à Lachau où elle continuera de passer ses vacances d’été, pratiquement chaque année, jusqu’à la fin de sa vie.

A l’approche de la Grande guerre : Lachau station estivale

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Le pont de fer, construit en 1912

 

Même si sa population diminue, le village reste actif grâce à ses commerces. A la fin du XIXe siècle, nous dit André Lacroix [11], on y récolte des céréales, du miel et des fruits. On y fabrique des tuiles, des moellons, des étoffes et de l’essence de lavande. Le commerce principal est celui des moutons et du bois de noyer, qui est exporté jusqu’en Angleterre.

Un marché se tient le 1er lundi de chaque mois.

Mais surtout, il y a les trois foires annuelles qui ont lieu les 11 juin, 1er et 21 décembre.

Le village est particulièrement animé au moment des vacances. Les chaupatiers « émigrés », notamment ceux de Marseille, sont nombreux à revenir au pays pour les vacances d’été.

Sur les cartes postales de cette époque on vante son air pur.

Au tournant du siècle Lachau compte deux hôtels restaurants modernes qui très vite connaissent le succès : l’Hôtel des voyageurs, de Victor Audibert, dans la rue droite et l’Hôtel Truchet ou Modern hôtel, sur la place du tilleul (aujourd’hui place de l’Hôtel).

Le moulin à soie

Au tournant des années 1900, une usine à soie va, un temps, perpétuer la tradition textile de Lachau.

C’est en effet à cette époque que le moulin à farine, inutilisé depuis le départ du dernier meunier, est repris par Clément Pila, dont le projet est d’utiliser la force motrice de l’eau du canal pour faire tourner des moulins à soie. La matière première, les cocons, est fournie par les magnaneries de vallée de l’Ouvèze.

En 1911, le moulinage de Lachau emploie 34 personnes dont 30 ouvriers et ouvrières.

Le filage de la soie est un travail minutieux. Après avoir ébouillanté les cocons dans l’eau chaude, il faut les dévider sur des bobines entrainées par l’eau du moulin, le fil est ensuite mouliné, c’est à dire torsadé pour le renforcer. Ce travail fait traditionnellement appel à une main d’œuvre féminine. L’établissement de Lachau ne déroge pas à cette règle puisque sur les 30 ouvriers, on ne compte que trois hommes.

Les 3 ouvriers et 8 ouvrières sont originaires de Lachau et des environs.

Les autres, soit 19 ouvrières, sont logés sur place dans un dortoir aménagé au-dessus des ateliers. Toutes sont très jeunes. Si l’on excepte la surveillante, âgée de 58 ans, elles ont toutes entre 11 et 20 ans. Leurs lieux de naissance, donnés par les listes de recensement, laissent supposer un lien entre la société de moulinage et l’Assistance publique de Marseille. C’était en effet une pratique courante dans les moulinages d’employer des orphelines, envoyées là par des sociétés de bienfaisance et encadrées par une surveillante chargée de faire régner la discipline et de parfaire leur éducation, d’où le surnom de « couvent » donné au moulinage par les chaupatiers. Les usines à soie disposaient ainsi d’une main d’œuvre docile et bon marché.

L’usine à soie de Lachau fonctionnera jusqu’en 1913 avant de cesser son activité. Le site fut ensuite démantelé  par un industriel du Buis. Il en reste deux muriers dans les jardins du village.

La guerre de 1914-1918

Cette vie paisible et laborieuse prend fin le 2 août 1914, lorsque la guerre avec l’Allemagne est déclarée.

A Lachau, 73 hommes sont mobilisés, sur une population de 420 habitants [12].

Le temps de l’insouciance fait place à l’inquiétude sur le sort de ceux qui sont partis au front, et à la nécessité, pour les femmes, de les remplacer dans les travaux du quotidien.

Vingt-trois hommes du pays vont y laisser la vie. Leurs noms figurent sur une plaque apposée dans l’église en 1919 et sur le monument aux morts dont l’érection est décidée le 4 novembre 1923, par le conseil municipal. En voici la liste :

Charles-Clovis Amic, Ernest-Maurice Amic, Hippolyte-Louis-François Amic, Ferdinand-Marius-Alexandre-Fortuné Arnaud, Louis-Victor Audibert, Félix Berthelot, Claude Urbain Blanc, Gustave Blanc, Félix Brun, Benjamin-Louis Buisson, Victor-Louis-Marceau Dumont, Emile-Louis Eyries, Albert-Louis-Désiré Imbert, Louis-Emile Jean, Séraphin-Auguste Lagier, Paul-Mathieu Martin, Auguste-Léopold Nal, Marcellin-Auguste Pacros, Emile-Hippolyte Pascal, Joseph-Louis-Fortuné Pau, Fernand-Alphonse Sarlin et Jean-Fortuné Sarlin.

Félix-Ephrem Gauthier, natif de Lachau, qui n’y habitait plus au moment de la déclaration de guerre, a été ajouté par la suite.

A l’annonce de l’armistice, les cloches de l’église sonnent pendant plusieurs heures. Une nouvelle époque s’ouvre.

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[1] Lorsqu’en 1825 Charles X décide d’indemniser les émigrés des spoliations qu’ils avaient subies, Armand-François est décédé, depuis 15 ans et c’est sa fille, Marie-Louise, épouse du comte Houdouard de Thièvre, qui touche, les 209.079,67 francs alloués par la commission d’indemnisation.

[2] PLL n°30,p.39

[3] PLL n°6, p.19

[4] Les crues, à cette époque, sont dévastatrices. La déforestation intensive en accroit l’intensité. Ainsi, le 14 mai 1854, c’est le pont sur la Lauzance qui est emporté par l’orage.

[5] La construction de la nouvelle église est évoquée, ci-après, dans l’étude sur les églises de Lachau.

[6] Archives de la cure de Mévouillon, Conseil municipal du 20 juillet 1862

[7] Archives de la cure de Mévouillon, n°31

[8] Nous donnons dans le dossier thématique n°26 la liste nominative des métiers et de leurs titulaires sur la période qui va de 1836 à la première guerre mondiale

[9] Les officiers de santé étaient des praticiens qui après des études courtes pouvaient soigner sans avoir le titre de docteur en médecine. Cette fonction créée en 1803 est abolie en 1892.

[10] Denise Dumas, Les clefs de « le château de ma mère », nostalgie de Germaine Gombert-Pagnol, (1995), p.156

[11] AL, p.371

[12] Monique et Henri Amic, PLL, n°15 (1998)

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