De 1918 au début du XXIe siècle

L’entre-deux guerres (1918-1939)

Au sortir de la première guerre mondiale, Lachau retrouve une vie ordinaire. Le tissu économique reste relativement dense et les commerces sont toujours actifs, même si le village continue à se dépeupler, passant d’environ 400 habitants en 1918, à moins de 300 en 1936.

La modernisation du village

Dès 1913, la municipalité avait installé un éclairage public à lampes à huile que l’on allumait, de la tombée du jour jusqu’à 23 heures (2 heures du matin les jours de fête). Dès après la seconde guerre mondiale elle entreprend de doter le village de l’électricité.

Une convention est passée le 24 novembre 1918, avec MM. Brissac et Augier, propriétaires de l’usine hydro-électrique de Ballons. Les particuliers peuvent s’abonner et l’éclairage public se fait jusqu’à minuit et toute la nuit les jours de fête. En 1926, la génératrice installée par Victor Audibert sur le canal du moulin vient renforcer ce dispositif qui perdure jusqu’à la création, en 1938, du Syndicat intercommunal d’électrification du canton de Séderon.

En1928, la commune entreprend de modifier le tracé du chemin d’Eourres, entre le village et le pont sur la Lauzance. Ce projet se concrétise l’année suivante par la création de la rue nouvelle, après de laborieuses tractations avec les propriétaires des terrains impactées.

Le pont métallique sur la Lauzance, qui prolonge cette nouvelle voie, est achevé en 1931 [1].

En 1929, le Conseil municipal vend les derniers peupliers qui bordaient la route menant au pont de la Méouge et il les remplace par 95 tilleuls [2].

Commerces et artisanat

Entre les deux guerres l’artisanat et le petit commerce restent très actifs à Lachau [3]. Dans les années 1930, on dénombre quatre épiceries, deux boulangeries, une boucherie, deux couturières, deux hôtels, cinq cafés, deux menuisiers, dont l’un fait aussi office de … coiffeur, un cordonnier, un maçon, une modiste et un maréchal ferrant. Il y a aussi un vitrier[4].

Des marchands ambulants et des colporteurs qui viennent souvent d’Italie assurent la fourniture d’articles de mercerie. Les derniers ont été vus juste avant la seconde guerre mondiale.

Les cafés, où les hommes se rendent après le diner, sont les lieux privilégiés de la convivialité villageoise.

Lachau reste un lieu de villégiature apprécié. A la belle saison, les deux hôtels font toujours le plein. Pour répondre à une clientèle nombreuse, Victor Audibert, propriétaire de l’Hôtel des voyageurs, fait construire, en 1923, un nouvel hôtel, plus vaste, à l’entrée du village, sur le site de l’ancien moulin à soie. Son entreprise est couronnée de succès. La cuisine y est renommée. Son neveu Jacques, qui lui succède contribue à accroître la notoriété de l’établissement.

C’est aussi au tout début des années 1930 qu’Auguste Jouve, un vacancier marseillais, par ailleurs fabricant de pastis, fait construire un boulodrome près de la Lozance. Cet établissement ne survécut pas au décès de son propriétaire, en 1935. Il en reste le portail monumental [5].

Les trois foires annuelles continuent de rythmer la vie du village et d’attirer les habitants des environs.

L’agriculture résiste plutôt mieux que dans les villages voisins.

Il y a 9 distillateurs de lavande qui sont regroupés en coopérative et disposent d’une distillerie, située sur la rive gauche de la Lozance, près du pont qui fait face au quartier de l’Adret.

La seconde guerre mondiale (1939-1945)

Lachau est préservé des conséquences directes de la seconde guerre mondiale. Les seuls soldats allemands qui aient pénétré dans le village sont deux motocyclistes égarés qui rebroussèrent rapidement chemin, en 1944, au lendemain de l’attaque du maquis d’Izon.

Cet isolement est un avantage pour ceux qui fuient les persécutions et les conséquences de la guerre.

Quelques familles juives se réfugient à Lachau, comme celle du docteur Sigmund Landau, dont le fils Jean-Pierre naît à Lachau en 1944 [6]. Il y avait aussi la famille Blank, place de la fontaine, dont le fils avait rejoint le maquis et une autre famille qui se faisait appeler Giffaud qui logeait rue du château. Il y avait la famille du docteur Zaller qui habitait place du tilleul, en face du Vieil Hôtel. Il y avait aussi le docteur Saltiel. En tout près d’une dizaine de familles.

Les jeunes du village, notamment ceux de la classe 42, qui veulent échapper au Service du Travail Obligatoire (STO) en Allemagne, institué en février 1943, se cachent dans les fermes [7].

Le maquis d’Izon

Les membres du maquis Ventoux, regroupés depuis novembre 1943 dans les environs d’Izon, pouvaient eux-aussi se croire en sécurité, d’autant que leurs chefs se trouvaient à Séderon.

Dénoncés, par deux de leurs anciens camarades, 34 d’entre eux sont exterminés, le 22 février 1944, par un commando allemand venu de Carpentras.

Le problème de leur sépulture se pose aussitôt. Le maire d’Eygalayes envisage d’inhumer les victimes dans une fosse commune. On attribue à « Marchal », maquisard, survivant du massacre, et surtout à l’abbé Roux, curé de Lachau, l’initiative qui fut prise de donner aux victimes une sépulture décente. L’ancien maire d’Eygalayes donne un terrain et dans la nuit qui suit le massacre, des hommes de Ballons, d’Eygalayes et de Lachau confectionnent des cercueils. L’inhumation a lieu le 25 février, là même où se trouve aujourd’hui le mémorial.

Le 14 juillet suivant, deux prises d’armes sont organisées par les maquisards pour rendre honneur à leurs camarades : la première sur leur lieu de sépulture et la seconde devant le monument aux morts de Lachau. La quasi-totalité des habitants est présente.

Le passage des soldats américains

En août, les alliés débarquent en Provence et en quelques semaines libèrent le sud-est de la France de l’occupation allemande.

Un détachement américain stationne pendant quelques jours au Gravas, près de la maison Jouve, et sous les pins, au bord de la Méouge. Les enfants apprirent vite qu’ils pouvaient trouver auprès d’eux du chewing-gum et du chocolat.

On dit que ce régiment subit de lourdes pertes à la bataille de Montélimar.

L’après-guerre

La rupture de 1960

Même si la dépopulation se poursuit, de l’avis de ceux qui ont connu cette époque, le village reste très vivant jusque dans les années 1960.

Sur les cartes postales des années 1950, Lachau reste qualifié de station estivale. Les deux hôtels sont si fréquentés pendant l’été qu’ils ne peuvent accueillir tous les vacanciers et ils se livrent une vive concurrence pour obtenir les chambres chez l’habitant.

La terrasse du Viel Hotel
La terrasse du Vieil Hotel

 

Toute l’année, le restaurant du Vieil hôtel fait salle comble à midi.

Après 1960, Lachau se renferme et s’endort doucement, animé seulement, pendant le mois d’août, par les vacanciers « montés » de la région marseillaise. Encore ceux-ci sont-ils de moins en moins nombreux au fil des années.

L’histoire du village est alors celle de la vie ordinaire d’un village de campagne.

La première télévision n’est installée qu’en 1965. Et quelques privilégiés peuvent alors suivre les obsèques de Winston Churchill.

Entre 1972 et 1977, Jean Boudon, professeur d’histoire, fouille chaque été le site du Luminaïre, aidé par M. Lignon.

Un plancher démographique semble atteint au début des années 1980 où le village compte environ 230 habitants.

Les villages voisins tentent non sans difficultés l’aventure du tourisme.

A Lachau, la famille Sarlin ouvre un terrain de camping à La Dondelle en 1982.

La construction d’une piscine financée par le département, d’abord prévue à Lachau, se fait à Séderon.

En 1987, la direction de l’équipement lance la construction d’un nouveau pont sur la Méouge, pour remplacer le pont de fer qui était en mauvais état. Ce nouvel ouvrage, réalisé par l’entreprise Pellet, de Gap, est achevé l’année suivante [8].

Au début des années 1990, la foire aux agnelles, annulée un temps pour des raisons sanitaires (une épidémie de brucellose), est définitivement abandonnée. Il n’y a plus de foire à Lachau.

Les commerces cessent leur activité les uns après les autres. La cloche qui appelait les résidents aux repas de l’hôtel Audibert continue de sonner jusqu’à la fin des années 1990. Puis Jacques et Adrienne Audibert, son épouse, prennent une retraite bien méritée. Personne ne leur succède.

Faute d’élèves, l’école communale ferme en 1991.

Si le commerce s’étiole, il reste la vie associative et culturelle qui reste bien vivante..

La société de chasse de Lachau, fondée en mars 1929, sous le nom de « Les amis de Calma », devient en 1963 l’ « Association communale de chasse agréée de Lachau ».[9]

L’association « La boule de Calma » est fondée en 1981 et reste active jusqu’en 1998. [10]

L’association Le Luminaïre est fondée en 1983, par Jacques Clary et quelques amis, avec pour objectif premier de sauvegarder et d’exploiter les archives historiques de Lachau, Ballons et Eygalayes. Elle édite un bulletin annuel et organise chaque 15 août une exposition pendant la fête du village.

C’est en 2002 que débute le chantier de restauration de N.D. de Calma, dirigé par Alain Tillier, architecte en chef des monuments historiques, grâce à des fonds européens dégagés à la suite du retrait de l’armée du plateau d’Albion. La rénovation achevée, l’église va servir de cadre à des concerts et à des expositions.

En 2007, débute le chantier de sauvegarde de la tour du Riable. L’Armée procède à trois reprises à l’héliportage de matériaux sur le site. La télévision régionale est présente lors du premier héliportage et le sujet fait l’objet d’un reportage au journal télévisé de France 3.

En septembre 2009, à l’initiative des associations Le Luminaïre et Archéo-Drôme, Lachau accueille, pendant trois jours, un colloque sur le XIIIe siècle en Provence et en Dauphiné, à l’occasion des huit cents ans de la charte des libertés de Lachau. Plus de 160 personnes y assistent. Lors de son intervention, Alexandre Vernin révèle la découverte, dans un texte de 1444, de l’existence du village primitif de Lachau, qu’il situe au lieu-dit La Moute (la motte féodale), au-dessus du lieu-dit Saint-Michel [11].

En 2010, l’association Mémoire Résistance Hautes-Baronnies rend hommage à l’action de l’abbé Roux après le massacre du marquis d’Izon (cf supra). Une plaque commémorative est posée sur l’ancienne cure, et inaugurée, en présence de Mgr Lagleize, évêque de Valence. L’évêque promet alors de revenir à Lachau. Il tint parole en venant célébrer, deux ans plus tard, la messe du 15 août dans l’église N.D. de Calma.

L’association « De page en page » crée une bibliothèque de prêt de livres dans le village.

En 2013 est fondé Lachau-Vélo.

La dernière boutique

Le Vieil Hôtel, vétuste et mal géré, ferme ses portes en 2009, ce qui vaut à Lachau d’être pris comme exemple, l’année suivante, dans un reportage télévisé consacré à la fermeture des bistros de villages. A cette fermeture, la municipalité répond en ouvrant un bar, dans les locaux de la mairie, qui prend le nom de Relais de la Tour.

L’année suivante, le village est de nouveau à l’honneur à la télévision. Cette fois, dans l’émission « trente millions d’amis », avec un reportage sur un marcassin, recueilli par un habitant de Lachau, que les autorités administratives voulaient enlever à son sauveur. Plusieurs pétitions plus tard et après la décision d’un juge, l’histoire connait un dénouement heureux et Juliette, le marcassin devenu une laie imposante, peut continuer de couler des jours paisibles dans son enclos, au grand plaisir des petits et des plus grands.

Depuis le début des années 2010, un marché est organisé chaque samedi, de Pâques à la Toussaint, d’abord sur la place de l’église, puis devant la mairie. Un-vide grenier, le temps d’une journée d’été, redonne vie au village, réveillant la nostalgie des anciens.

La boucherie Truchet ferme début avril 2013 et le dépôt de pain, assuré dans le même lieu, quelques semaines plus tard.

Il ne reste plus qu’une boutique au village, l’épicerie Sarlin, sur la place de la fontaine. Elle ferme ses portes à l’automne 2014, en même temps que le camping.

Passage du Tour de France
Le Passage du Tout de France

 

Avec le passage du Tour de France, à l’occasion de l’étape Vaison-Gap, le 16 juillet 2013, l’hélicoptère de France 2 survole et filme le village. Et la France entière, le temps de quelques dizaines de secondes, peut découvrir et admirer Lachau dans son écrin de montagnes.

Du fait de la réorganisation territoriale, aux élections départementales et régionales de 2015, Lachau fait partie du nouveau canton de Nyons-Baronnies et de la nouvelle région Auvergne-Rhône-Alpes. En attendant peut-être des regroupements communaux …

[1] PLL n°6, p.22

[2] PLL n°6, p.21

[3] Voir étude en seconde partie

[4] Pierre Palengat, La Drôme insolite (1998), p.227

[5] PLL n°31, article d’André Poggio

[6] Jean-Pierre Landau, devenu médecin et peintre, est revenu à Lachau en 2010. A cette occasion, il a offert à la commune un tableau qui orne aujourd’hui la salle du conseil municipal.

[7] C’est le cas d’Henri Truchet et d’Abel Aumage, tous deux nés en 1922.

[8] PLL n°6, p.21

[9] PLL n°17

[10] PLL n°22

[11] Actes du colloque, p.171

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